A l’approche du cinquantenaire de l’indépendance politique algérienne, le 5 juillet prochain, le professeur des Universités et Expert international en management stratégique, Dr Abderrahmane Mebtoul , réalise une synthèse sur ce que furent les évolutions du peuple Algérien. De la période des Numides à 1962, il revendique l’importance majeure d’informer un peuple sur son histoire contre la désinformation et l’assujettissement. Voilà la première partie de son travail.
Première partie : de la période des Numides, IVe siècle avant J.C
Quelle est l’origine du nom » Algérie » ? L’étymologie en arabe, « Al-Djaza’ir » (الجزائر), rattache ce nom aux îles qui faisaient front au port d’Alger et furent rattachées à sa jetée actuelle. Selon des géographes musulmans du Moyen Âge, le terme d’île désignerait la côte fertile de l’actuelle Algérie, encerclée par le vaste désert du Sahara et la Méditerranée. Cette terre apparaissant alors comme une île de vie.
A propos des origines issues de « Mezghenna », l’anthropologue Tassadit Yacine supporte la thèse d’une forme arabisée d’ « Imazighen » (Berbères ) , donnant au pays le nom originel de « Tiziri At Imezghan » soit « Le Ziri des Berbères « . L’étymologie berbère rappelle également » une île » ou » une petite source ». Une autre étymologie prend son origine dans le nom de « Ziri Ibn Menad Djezair ». L’appellation « Algérie » provient surtout du nom de la ville d’Alger qui dérive du catalan « Aldjère » , lui-même tiré d’ Al-Djaza’ir, nom donné par Bologine Ibn Ziri, fils du fondateur de la dynastie Ziride, lorsqu’il bâtit la ville en 960 sur les ruines de l’ancienne ville au nom romain Icosium, Djaza’ir Beni Mezghenna.
Dans la langue française le nom « Algérie » est utilisé pour la première fois en 1686, par Fontenelles pour qualifier la Régence d’Alger. Il est officiellement adopté le 14 Octobre 1839 afin de désigner ce territoire faisant partie de la Côte des Barbaresques.
Ainsi, l’Algérie, dans sa pré-histoire est d’essence berbère et selon une version fréquente, aurait le sens « d Homme libre » de rebelle, mais dans un cadre organisé. Les Berbères représentent un ensemble ethnique d’ autochtones d’Afrique du Nord, qui ont occupé un large territoire allant de l’Ouest de la vallée du Nil en passant par l’Atlantique et s’étendait sur l’ensemble du Sahara. Ils y fondèrent de puissants royaumes, formés de tribus confédérées, reconnus dans l’Antiquité sous les noms de « Maures » ( habitants de la partie occidentale du Maghreb) et « Numides » (habitants du Maghreb oriental). Le pays connu successivement plusieurs conquêtes; Romaine, Arabe, Espagnole, Ottomane et Française ainsi que les invasions Vandales et la conversion à l’Islam. C’est pourquoi depuis de nombreux siècles, une véritable identité nationale « algérienne » s’est forgée et a résisté malgré les bouleversements historiques incessants.
I – L’Algérie au temps des Numides jusqu’à la période Romaine
Les vestiges de la présence humaine en Algérie remontent à plus de 400 000 ans. Cet âge est attribué aux restes de l’Atlanthrope, découvert dans les sédiments du lac préhistorique Ternifine, en Oranie. L’Atlanthrope était un contemporain du Simanthrope et du Pithécanthrope de Java en Indonésie. Des ossements ainsi que divers outils en pierre taillée ont été retrouvés, attestant de l’existence d’hommes primitifs. En Algérie, les traces d’un voisinage immédiat entre l’histoire et la préhistoire est indéniable; les témoignages d’ Hérodote et Saluste confirment les divers formes maghrébines de la civilisation néolithique. C’est dans la région Saharienne, que cette civilisation a pu parfaire ses plus belles réussites, notamment grâce à sa perfection technique inégalée.
Les peintures du Tassili-N’Ajjers , du Tassili et d’ Hoggar ont permit de contribuer à ce témoignage du passé. Certaines pierres taillées et polies sont présentées dans la collection du Musée National du Bardo à Alger.
A l’aube de l’histoire, l’Algérie, était peuplée par les Numides qui gardèrent, de la civilisation primitive, la famille Agnatique et l’Aguellid. Il est probable que les Phéniciens, qui fondèrent la ville de Carthage en 814 avant J.C, aient trouvé cette organisation sociale à leur arrivée. Et c’est en poussant leurs bateaux jusqu’en Espagne qu’ils découvrirent l’hostilité de la côte africaine. En effet, de nombreux récifs et hauts-fonds ont longtemps rendu la navigation très difficile. De l’Est jusqu’à l’Ouest, les côtes algérienne abritèrent des comptoirs qui sont devenus : Annaba, Jijel, Bejaïa, Alger, Tipaza, Cherchell… Ces mêmes comptoirs seront plus tard les assises des villes Puniques, Numides et Romaines.
Carthage étendit son influence sur tout le continent grâce aux relations commerciales. C’est alors qu’apparurent des villes où se développa l’influence punique.
Les royaumes Numide de Gaia, Massinissa et Syphax, avaient atteint eux aussi, un essor exceptionnel sur les plans économiques, sociaux et culturels. La Numidie développa sa politique en accueillant des tribus indépendantes, des républiques villageoises et de vastes royaumes dotés d’un pouvoir fort qui se superposa aux structures tribales.
Hérodote rapporte que les relations commerciales se développèrent très tôt entre Phéniciens et Numides, favorisant la propagation de la langue et de la culture punique durablement dans le pays. Les Numides apprirent des Phéniciens les procédés agricoles et industriels avec la fabrication de l’huile d’olive, du vin ainsi que l’exploitation et le travail du cuivre.
Néanmoins, l’influence culturelle demeura limitée et s’exerça essentiellement par l’intermédiaire de la ville Carthaginoise dans les domaines artistiques.
Au cours de ces années, une guerre s’ensuivit affaiblissant considérablement la puissance carthaginoise. Cela permit à Gala, roi des Massyles, de chasser les carthaginois et d’entreprendre la conquête des villes côtières, dont Hippo-Régius, qui devint la capitale.
Pendant la deuxième guerre punique, de 218 à 202 avant J.C, Romains et Carthaginois se disputèrent avec acharnement l’alliance des royaumes numides. Alliée à Hannibal, la cavalerie Numide parvint à envahir l’Iberia, la Gaule, puis les Alpes, et remporta en 216 la bataille de Cannae.
Lors de son couronnement, Massinissa avait 36 ans. Il régna pendant 54 ans et entreprit la construction d’un état unifié et monarchique. D’abord il s’attacha à sédentariser les populations et transforma les pasteurs nomades en agriculteurs. Il favorisa l’urbanisation de la Numidie, poussant les cultivateurs à former de gros bourgs, auxquels il donna une organisation semblable à celle des villes puniques. Le projet politique le plus cher au Roi, fut l’unification de tous les royaumes numides. La récupération des terres, ayant appartenu à ses ancêtres, lui permit d’introduire de nouvelles méthodes dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’hydraulique et la culture en terrasses. Pour renforcer sa puissance dans le royaume, il divinisa la monarchie et établit le culte de la divinité royale.
A l’echelle militaire, son pouvoir aussi fut considérable, en effet , il possédait une puissante armée et une flotte importante. Sur le plan économique, la Numidie occupa, pendant son règne, une place prépondérante dans l’économie mondiale. Sa gestion fit de son pays, un état très prospère qui commerçait avec la Grèce et Rome. Dans son œuvre d’unification, il empiéta sur le domaine de Carthage, qui lui déclara la guerre. Massinissa en sortit vainqueur.
La puissance grandissante de Massinissa en Afrique inquiétait Rome, à tel point qu’elle déclara la guerre à Carthage en 149. En détruisant la ville, ils fondèrent la première colonie romaine en Afrique. Rome tenu à maintenir une limite à l’extension territoriale de la Numidie et au renforcement de son pouvoir économique et politique.
L’occupation romaine de l’Afrique du Nord se divisa en trois axes principaux : Le premier, part de la côte tunisienne du nord au sud et s’étend vers l’est en passant par la Libye.
Le second, qui va d’Est en Ouest, suit la ligne du plateau intérieur, nettement en arrière des massifs côtiers.
Le troisième, en traverse le nord-est et le sud-ouest, en direction de la frontière sud et vers l’Aurès par Ammaedara (Haïdra, Tunisie).
Plusieurs villes furent les bases de la légion romaine, qui occupa Ammaedara sous le règne d’Auguste. En 75, elle s’installa à Thevesti, en 81 à Lambaesis, qui devint par la suite son siège définitif avant d’être la capitale de la Numidie. La Numidie demeura un territoire militaire, dont le commandement était installé à Lambèse ; elle deviendra une province indépendante de la Proconsulaire en 198. A partir de 126, des voies de pénétration l’aideront à progresser par les pistes du Sud, mais elle se rétrécit vers le nord : Hippo Régius (Hippone) est en Proconsullaire, Igilgili (Jijel) et en Maurétanie Sétifienne. La côte de Numidie a deux ports : Rusicade (Skikda) et Chullu (Collo). Le reste de l’Algérie forme la Maurétanie Césarienne. La Maurétanie était gouvernée à partir de Césarée (Cherchell).
Sa frontière est plus méridionale, loin des monts du Hondna. Au-delà de cette bande côtière, les populations numides ont pu maintenir leur mode de vie, et ont continué à se battre contre l’occupation romaine. Si la sédentarisation s’est faite au temps des phéniciens et des Royaumes numides, c’est l’urbanisation qui constituera la base de l’Empire Romain. La grandeur et la splendeur des cités romaines que révèlent les imposantes ruines de Timgad, Lambèse, Djemila-Cuicul, Tiddis, Tipaza témoignent de l’influence jouée par les Cités africaines.
Dans le monde, seules deux villes, demeurent intactes et témoignent de la perfection urbanistique des cités romaines : Pompéi, en Italie et Timgad en Algérie, toutes deux ensevelies et sauvegardée par les cendres et le sable. Les Berbères, christianisés par les romains résistèrent à la chute de Rome, puis à l’invasion des Vandales et l’instabilité durant la période byzantine. Certains s’enfuirent en Sicile. D’autres, notamment dans les Aurès vont résister à l’arrivée des musulmans entre 670 et 702. Cette période a entrainé la reconstitution de plusieurs principautés berbères. De nombreux Berbères se convertirent ensuite en masse à la religion musulmane. La conquête musulmane de l’Espagne et du sud de la France qui s’ensuivit fut menée par un contingent arabo-berbère comptant beaucoup de convertis.
Myriama Mokdahi