Un Lakhdar Hamina loin d’être au Crépuscule de sa carrière

Redaction

Hier dimanche avait lieu l’avant-première algérienne du dernier film de Mohamed Lakhdar Hamina au cinéma El Moggar d’Alger. Mettant en lumière la « corvée de bois » que les Français avaient coutume de pratiquer pendant la Guerre de Libération, Crépuscule des ombres est un long affrontement verbal au cœur du désert algérien entre trois hommes réunis par le mektoub. Un road-movie bavard et pédagogue qui ne sera diffusé dans les salles que dans six mois.  

Crépuscule des ombres, un énième film algérien traitant de la Guerre de libération nationale ? Pas exactement. Car s’il braque encore sa caméra sur ce moment historique, Mohamed Lakhdar Hamina, le seul réalisateur algérien et maghrébin à avoir obtenu la Palme d’Or pour sa Chronique des années de braise en 1975, ne nous offre pas un film de guerre à proprement parler. Peu de scènes de combat et de torture, de préparation d’attentats et de course poursuite, comme le spectateur averti pourrait s’y attendre.

En lieu et place, un road-movie haletant, dans lequel se retrouvent engagés trois personnages que tout oppose. Le commandant Saintenac, gradé de l’armée française marqué au fer rouge par la défaite de Diên Biên Phu ; Khaled, le fellaga courageux, prêt à donner sa vie pour libérer son pays ; et enfin Lambert, jeune soldat français en Algérie pour son service militaire et objecteur de conscience. Un trio dépareillé que le refus de Lambert d’effectuer la « corvée de bois », cette méthode d’exécution sommaire qui consiste à abattre l’ennemi quand il a le dos tourné, va réunir le temps d’une longue traversée du désert algérien.

Dans ce périple pour rejoindre la frontière marocaine, chacun tient son rôle. L’opposition est parfaite entre Saintenac, véritable chien de garde de l’ « Empire » français dont il défend la mission civilisatrice jusqu’à la mauvaise foi et Khaled, ce « fellouz » qui lui oppose les innombrables massacres de son armée. Lambert est le paravent entre ces pensées antagonistes, la caution humaniste qui permet aux deux hommes de se confronter autrement que par les armes.

Loin d’enfermer le spectateur dans les clichés sur une Guerre de Libération maintes fois racontée, ces trois personnages constituent pour Lakhdar Hamina un support de réflexion sur les relations franco-algériennes de l’époque. Se posant en médiateur, le réalisateur se garde bien de juger ces protagonistes, préférant expliquer d’où ils viennent et comment le discours de chacun a mûrit avec son parcours.

Une joute verbale entre le FLN et l’armée française, arbitrée par un étudiant français pacifiste, qui plus est dans le désert algérien : c’est cette vision surréaliste qu’a choisi Lakhdar Hamina pour décortiquer l’idéologie sous-tendant cette guerre sanglante. Un film pédagogue qui mériterait d’être vu par la jeunesse algérienne, comme Lakhdar Hamina l’a appelé de ses vœux.