PHOTOS. Assia Djebar enterrée en Algérie : L’hommage n’est pas à la hauteur de sa vie

Redaction

Assia Djebar a été inhumée ce vendredi 13 février à Cherchell, près d’Alger, dans le cimetière où repose son père. Sa mort a provoqué une immense tristesse en Algérie et beaucoup d’amertume aussi. Car, pour ses admirateurs, l’hommage rendu à la romancière n’est pas à la hauteur de l’Immortelle. Reportage.

« Elle méritait bien un deuil national de plusieurs jours ». Militante du mouvement féministe algérien et conteuse, Djazia Aïtkaki Abdesselam, après avoir déposé un baiser de la main sur le cercueil d’Assia Djebar, exposé jeudi 12 février au Palais de la culture à Alger, vide son sac. « Assia Djebar a apporté beaucoup de prestige à l’Algérie et l’hommage que l’Algérie lui fait n’est pas à la hauteur de son importance », s’indigne-t-elle. Elle n’est pas la seule.

Cette après-midi là, la dépouille de la défunte écrivaine, rapatriée de France le jour même, et drapée de l’emblème national, pénètre dans une salle du Palais de la Culture sous les youyous et les applaudissements de la foule. Au pupitre, faisant face au portrait de l’auteur décédée à l’âge de 79 ans, les officiels se succèdent. La ministre de la Culture, Nadia Labidi salue ainsi le legs d’Assia Djebar « à la culture nationale et universelle », elle qui était « profondément attachée à sa patrie ».

Autour de la dépouille de l’Académicienne, dans le public, essentiellement des femmes militantes pour les droits de leurs congénères. Assises sur des chaises en plastique blanches, en cercle, elles écoutent d’un air dubitatif les officiels honorer la mémoire de l’auteur de « La femme sans sépulture ». Elles disent ne pas vouloir polémiquer sur la différence de traitement entre Roger Hanin, enterré le même jour à Alger, et la seule Algérienne membre de l’Académie française mais n’en pensent pas moins. Car, si la ministre de la Culture a assisté à l’hommage rendu jeudi après-midi au Palais de la Culture à Assia Djebar, ce vendredi matin, elle a préféré partir à l’aéroport international d’Alger pour attendre l’arrivée de la dépouille de Roger Hanin, plutôt qu’à Cherchell, où la romancière a été enterrée. À Alger, ce choix fait beaucoup jaser. Tout comme le silence du Président Abdelaziz Bouteflika. Le chef de l’Etat a réagi à la disparition d’Assia Djebar trois jours après l’annonce de sa mort, le président français François Hollande lui grillant la politesse.

Oubliée des écoles et des facultés algériennes

djebar hommage
Une centaine de personnes, notamment des militantes féministes, était réunie jeudi 12 février pour rendre hommage à Assia Djebar, donc la dépouille était exposée au Palais de la culture à Alger. Ici une mère et son enfant priant devant le cercueil de la défunte Académicienne. Photo : Djamila Ould Khettab

Alors, jeudi, dans les rangées du Palais de la culture, on cachait difficilement son amertume. « Assia Djebar a dressé très haut la tête de toutes les femmes algériennes, dans le pays et à l’international. C’est une grande révolutionnaire, une pionnière, elle nous a ouvert beaucoup de portes. Donc, cet hommage c’est bien, mais il loin d’être suffisant », lâche Samia, une quadragénaire membre de l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA). Un sentiment que partage Aldja, une amie de la défunte. « Pour moi, Assia, c’est un modèle de femme, si seulement toutes les femmes pouvaient lui ressembler … Elle était intelligente et tendre et c’était aussi un grand esprit, un esprit ouvert. Je ne comprends vraiment pas pourquoi ses romans ne sont pas enseignés à l’école algérienne, pourquoi on ne parle pas d’elle dans nos facultés », s’interroge Aldja, un châle au motif rosé posé délicatement sur l’épaule.

Morte mais immortelle

Comme le reste de l’assistance, elle est venue dire au revoir à une « soeur ». « Nous les femmes algériennes, c’est un peu comme si on avait perdu quelqu’un de notre famille », souligne Aldja. En tournant les talons, pour se diriger dans une autre salle où des extraits des romans de la défunte sont lus, les militantes jettent chacune à son tour un dernier regard sur la dépouille, sûres que l’héritage d’Assia Djebar ne se perdra pas. « Même si son corps est sous terre, elle, par ses écrits, demeurera immortelle », conclut Djazia.

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La dépouille d’Assia Djebar a été rapatriée de France jeudi 12 février. À l’aéroport d’Alger, un premier hommage en présence de la garde la protection civile lui a été rendu. Photo : APS