Le Salon International du Livre d’Alger nous aura réservé de belles surprises en 2013. Parmi elles, Anys Mezzaour, 17 ans, des mots plein la tête nous a raconté ses histoires. La sienne, celle d’un écrivain surdoué, et celle de son livre, fantastique et unique… Portrait.
Grandir par l’écriture a été le choix ou plutôt la destinée d’Anys Mezzaour. Ce jeune algérien de 17 ans vient tout juste de publier son premier roman fantastique après 6 années d’écriture. Cette année le Salon International du Livre d’Alger était l’occasion pour Anys de dévoiler sa prose. Assis derrière une table remplie de livres au stand de « l’Entreprise nationale des arts graphiques », il attend impatiemment ses lecteurs pour sa séance de dédicace. Il signe des dédicaces personnalisées, prend la pose et répond comme un vieil écrivain aux critiques venus voir l’enfant prodige. En quelques heures il a pris le rythme comme si il avait fait ça toute sa vie et pourtant… Derrière cette assurance d’adulte, Anis reste un enfant, la tête dans ses rêves qui a voulu se raconter sa propre histoire plutôt que d’attendre que quelqu’un le la lui raconte. Son monde imaginaire il l’a couché sur papier, et a réalisé ainsi un rêve d’enfant en publiant La proie des mondes, plus précisément Le lien du temps, le premier tome d’une trilogie de livres fantastiques.
Enfance studieuse
Anys était comme prédestiné à aimer et à dompter les mots. Ses premiers termes, il a appris à les lire dans un dictionnaire. « J’ai commencé à lire à 4-5 ans. Je lisais des dictionnaires, et j’en ai même appris un par cœur. A partir de 8 ans, j’ai attaqué la grande littérature, le premier livre que j’ai lu était Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas. L’écriture est arrivée plus tard, à l’âge de 11 ans mais cela s’est fait très naturellement », se souvient Anys. L’Algérois est encore lycéen en Terminale scientifique au Lycée Descartes d’Alger. Son éducation et son amour des mots font de lui un parfait francophone. Sa maîtrise de la langue française ferait pâlir de jalousie Bernard Pivot, le roi de la dictée.
A 11 ans il a envie de concrétiser son amour de l’écriture et entame l’écriture de La proie des mondes. Ce perfectionniste n’a qu’un but, écrire une belle histoire alors il prend son temps. « J’ai terminé mon livre il y a un an car je n’étais pas pressé. Justement j’ai préféré la longueur car l’inspiration ne se commande pas. Parfois j’écrivais deux ou trois jours non-stop alors que d’autres fois je ne touchais pas mon manuscrit pendant des mois », explique Anys Mezzaour. L’écriture de cette trilogie est d’abord un accomplissement pour le jeune Algérien, qui à l’époque ne se doutait pas une seule seconde qu’il trouverait un éditeur pour publier son récit fantastique. Dans le doute Anys propose tout de même son manuscrit à des maisons d’édition et retiendra l’attention de l’ « Entreprise nationale des Arts graphiques ». La publication est alors programmée très rapidement, et la maison d’édition en redemande, se disant prête à publier la suite du livre d’Anys. Une consécration pour notre lycéen surpris lui-même du succès de son écrit. « Mon but était de faire connaître non seulement la littérature algérienne et surtout le genre fantastique », se justifie-t-il. Mission accomplie, car le livre à peine sorti – le 31 octobre dernier – Anys Mezzaour reçoit déjà des critiques positives de la part de ses lecteurs qui ont dévoré son livre. « J’ai reçu beaucoup de messages de félicitations sur Facebook, et on me demande même quand est-ce que je sors le prochain volet », raconte Anis les yeux brillants de fierté, tout en signant une dédicace à un lecteur désireux de découvrir un genre peu répandu en Algérie.
Anys se sent également investi d’une mission, celle de donner envie aux jeunes algériens de non seulement s’intéresser à la littérature fantastique et de se mettre à l’écriture et de prouver que dans le pays la jeunesse tente de s’en sortir. « Je suis ravi que l’on s’intéresse à moi parce que je suis le plus jeune écrivain du SILA, pour une fois au moins on s’intéresse à la jeunesse sous un angle positif. Je veux prouver qu’on nous avons de l’ambition! », affirme-t-il.
Ecrire encore et toujours plus
17 ans à peine et déjà une trilogie de livres publiables, que demander de plus ? Une situation idéale pour Anys, mais qui lui impose beaucoup de pression. Publier un second tome l’année où il est censé passer son baccalauréat, cela ne fait-il pas trop pour un seul adolescent ? C’est vrai, mais le défi ne fait pas reculer Anys. Il reconnaît lui-même que cette fois-ci, il n’a plus le droit à l’erreur. « Je devrais respecter des délais, faire attention à la cohérence de la trilogie, éviter les anachronismes… », estime le jeune auteur. Mais très vite après avoir énumérer les difficultés qui l’attendent, il reprend son assurance habituelle, « mais j’ai déjà commencé à écrire, donc je ne m’inquiète pas ».
Très terre-à-terre et malgré son talent, Anys préfère réserver l’écriture pour son loisir, et ne se voit pas devenir seulement écrivain. « Soyons réalistes, il est très difficile de vivre essentiellement de ses écrits, je ne me vois être seulement écrivain. Le jeune homme qui aspire à devenir médecin promet toutefois de ne pas troquer à jamais sa plume contre un bistouri, car la littérature fera toujours partie de son identité.