Paris, 7 janvier 2015, 11h30. Deux terroristes liquident la rédaction de l’hebdomadaire satirique « Charlie Hebdo » à l’arme automatique. Immédiatement, Zouhir Boudjema riposte. À sa manière, par une peinture. La seule réponse qu’il a toujours opposée au terrorisme.
Le terrorisme, Zouhir l’a connu en Algérie pendant près de dix ans. Pris en tenailles entre la violence des islamistes et la corruption du système politique, il quitte son pays et s’installe en France. Il y trouve la liberté et le bouillonnement artistique qu’il était venu chercher. Sa palette s’éclaircit, les traits se font plus fuyants, l’artiste s’essaie à de nouvelles formes d’expressions.
Mais depuis plusieurs mois, de douloureux souvenirs lui reviennent en mémoire. Les exactions des terroristes de l’organisation Etat islamique troublent souvent ses nuits. Et la violence djihadiste éclate jusque sur sa terre d’exil. “Je me suis dit : “même à Paris”… Le cauchemar ne finit pas. On s’est exilés à cause de ce phénomène, et le voilà qui resurgit ici,” s’inquiète-t-il.
Plutôt que de se taire, à 53 ans, Zouhir choisit de s’engager, et ouvre plusieurs fronts. Il organise des conférences pour parler du rôle de l’artiste face à l’intégrisme et l’intolérance. Il improvise une performance pour la journée des étudiants sans-papiers de l’université Paris-XIII (à son arrivée en France, lui-même a dû vivre plusieurs mois dans la clandestinité). Début avril, il s’associe à une douzaine d’artistes de la diaspora algérienne pour créer le collectif “Fen’art”. Objectif : organiser des expositions communes, mais aussi aider les artistes restés en Algérie. “Pas les artistes officiels. Seulement les militants autonomes et libres,” s’empresse-t-il d’ajouter.
Thibault Bluy