« Ne mords pas la main qui te nourrit ». Le Forum des chefs d’entreprise (FCE) applique à la lettre ce dicton. Cela s’est vérifié encore une fois ce matin, à l’occasion du passage, ce mercredi, de la vice-présidente de l’organisation patronale, Mme Nacéra Haddad, sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale.
En effet, la responsable du FCE, n’a pas tari d’éloges sur le gouvernement. A l’entendre, l’Exécutif actuel est au dessus de tout reproche. « Ces dernières années, nous avons assisté à une avancée notable de la part du gouvernement qui a pris des décisions fortes et très importantes pour promouvoir l’investissement et améliorer le climat des affaires et l’initiative entrepreneuriale », a déclaré d’emblée Mme Haddad.
Jouant le rôle de porte-parole du gouvernement, l’intervenante a même eu le culot de soutenir que « le gouvernement a respecté ses engagements en termes d’amélioration du pouvoir d’achat des salariés »! Une grosse couleuvre difficile à avaler lorsqu’on sait que nombre d’experts ont démontré, preuve à l’appui, que le pouvoir d’achat des Algériens n’a jamais été aussi mis à mal que ces derniers temps. Il est de notoriété publique que la forte inflation et la terrible dépréciation du dinars, enregistrés ces derniers temps, ont vite rattrapé, et donc rendu nulles les dernières augmentations salariales, argument sur lequel Mme Haddad s’appuie en proférant sa contrevérité.
Si le gouvernement est aussi exemplaire que le prétend la vice-présidente du FCE, comment donc expliquer cette crise économique sans précédent, tenant compte de l’embellie financière inouïe de ces quinze dernières années? « Ce qui a fait défaut, c’est l’effectivité et l’application sur le terrain, la mise en place de mécanismes durables permettant de donner du sens, de l’efficacité et de l’effectivité aux décision importantes prises par le gouvernement », tente d’expliquer Mme Haddad. Qui en est responsable? L’administration est le parfait bouc-émissaire pointé du doigt par l’intervenante. « Ce qu’il nous faut, c’est que nous ayons des interlocuteurs, au quotidien, au niveau de l’opérateur et au niveau de l’administration, qui appliqueront les décisions et les instructions du Premier ministre et le programme du gouvernement », propose-t-elle. Comme si ces administrations n’étaient pas publiques et ne relevaient donc pas du pouvoir central! Usé par plus d’un demi-siècle d’usage, ce discours opportuniste consistant à absoudre les « commanditaires » et enfoncer les exécutants ne convainc désormais plus personne.
Il ne faut, toutefois, pas s’émouvoir outre mesure du maniement quasi-artistique de la brosse par le FCE. Et pour cause, depuis l‘intronisation de Ali Haddad à sa tête, ayant couronné un long processus de rapprochement et de compromission avec le clan présidentiel, l’organisation a été érigée presque en une nouvelle institution de la République. Mais comme celui, dit-on, qui aime l’argent n’est point assouvi par l’argent, le FCE en veut davantage. Sa vice-présidente le fait savoir en rappelant que son organisation « demande un traitement, c’est à dire, un filet de sauvegarde pour les entreprises (privées, NDLR) en difficulté » et surtout « le placement du secteur privé au cœur de la relance économique » en lui ouvrant « tous les secteurs ». Tout le monde l’aura compris, Ali Haddad nourrit toujours des ambitions de se lancer dans l’industrie automobile, le transport aérien et les hydrocarbures. Entre autres.