Haykel Barbouch est fondateur et directeur de Paymed Consulting, cabinet de conseil en ressources humaines. Pour Mercer, il a piloté une étude sur la rémunération des salariés maghrébins. Il répond aux questions de la rédaction.
Comment le printemps arabe a-t-il impacté les politiques salariales des secteurs public et privé en Algérie ?
En l’absence de véritable rupture politique, il a fallu désamorcer la « bombe sociale ». Le gouvernement a donc décidé de revaloriser les salaires les plus bas du secteur public. L’institut national du travail algérien indique ainsi que le salaire minimum a augmenté de 20% en janvier 2012. Par ricochet, cela a eu un impact sur le privé, qui s’est retrouvé en quelque sorte « concurrencé » par le public. L’objectif d’équité interne – consistant en la revalorisation des salaires les plus bas – est devenu un objectif stratégique dans beaucoup d’entreprises, alors qu’auparavant c’était surtout la compétitivité externe qui prévalait, c’est-à-dire l’impératif d’attirer les hauts potentiels.
Justement, les entreprises algériennes ont-elles aujourd’hui les moyens d’attirer des dirigeants qualifiés et expérimentés ?
Oui, les entreprises en ont les moyens, mais en pratique ce n’est pas toujours faisable car le marché ne dispose pas de suffisamment de « talents ». Ce n’est pas un scoop : l’Algérie a du mal à rapatrier ses cerveaux. Et quand une société recherche son DG, elle peut patienter un, deux ou trois mois mais au bout du compte, si elle ne trouve personne, elle finira par se rabattre sur un expatrié.
A cet égard, l’un des objectifs actuels est de parvenir à attirer la communauté des franco-maghrébins, mais ce n’est pas toujours facile en raison notamment des obstacles culturels auxquels peuvent se heurter ces personnes. Beaucoup d’algériens souhaitent rentrer au pays mais toutes les conditions ne sont pas encore réunies puisqu’il leur sera par exemple impossible de conserver une qualité de vie comparable à celle qu’ils avaient en Europe.
Quels sont les autres défis des entreprises algériennes pour attirer les profils les plus qualifiés ?
Dans un contexte de forte concurrence, il est important de relier la rémunération des managers à la performance de l’entreprise. Malheureusement, l’Algérie ne dispose pas d’indicateurs clairs et précis pour ce faire. L’idée d’une part variable pour les managers y est par ailleurs mal acceptée – ce qui n’est pas le cas au Maroc où l’on observe une ventilation très équilibrée entre part variable et rémunération fixe. Le défi des entreprises algériennes est donc notamment de parvenir à intégrer à leurs systèmes de rémunération une part variable qui soit fonction des performances de la société, pour motiver les managers.
Dans quels secteurs cela est-il le plus urgent ?
Aujourd’hui, le capital humain est aussi important que le capital financier : il est très difficile d’attirer des talents dans des secteurs comme la santé, l’énergie ou la construction, qui exigent des compétences poussées. Et quand une entreprise a besoin de gens disposant de doubles compétences (par exemple un ingénieur qui soit à la fois un commercial), cela devient encore plus difficile ! Si vous perdez ces gens-là, vous envoyez un signal négatif au marché, puisque cela signifie que votre système de rémunération ne vous permet pas de garder les meilleurs.