Béquilles, chaises roulantes, armoires à médicaments et un tout nouveau lit électrique… La société familiale ETS Dahmane, spécialisée dans la fabrication de matériel et équipement médical, n’en finit plus de grandir et de se moderniser. Leader national dans ce domaine, l’entreprise implantée à Tizi Rached, commune située à 17 km à l’est de Tizi Ouzou, est sur le point de délocaliser une partie de ses ateliers à l’extérieur de la ville dans le but d’accroître davantage son volume de production. Reportage à l’intérieur de l’usine ETS Dahmane, un exemple probant du « made in Algeria ».
« On a commencé avec des béquilles en bois, aujourd’hui on fabrique toutes sortes de produits », lance Belaïd Lebbal, 25 ans de loyauté à la société familiale ETS Dahmane. Le regard rieur, Belaïd, habillé de sa combinaison grise, replace son masque et poursuit la peinture d’une armoire à médicaments à l’aide d’un pistolet.
A quelques pas du poste de travail de Belaïd, Hacène Dahmane, le « chef » comme les ouvriers l’appellent, gérant de l’entreprise familiale fondée en 1986, chapeaute une livraison, la clope au bec. Ce matin là, dans la cour de l’usine ETS Dahmane, installée au cœur de la ville de Tizi Rached, commune située à 17 km à l’est de Tizi Ouzou, une dizaine d’ouvriers chargent progressivement chaises roulantes, armoires et lits en acier, emballés dans du plastique, à l’intérieur d’un imposant camion blanc, frappé du logo de l’entreprise.
Dans le lot de livraison, le nouveau produit flambant neuf qui sort de l’usine de Tizi Rached : le lit d’hôpital électrique. « C’est un produit 100% algérien, conçu ici chez nous. Seuls quels accessoires, comme les poignets pour déplacer le lit, ont été importés », se félicite Hacène Dahmane, en appuyant sur la manette avec son pied pour faire monter et descendre le dossier du lit d’hôpital.
Le cheval de bataille de la famille de Dahmane, dans la fabrication de matériel médical depuis presque 30 ans : contribuer au « made in Algeria ». « En 1986 notre taux d’intégration était de l’ordre de 25%. En 2014, il avoisine les 100% », affirme Hacène Dahmane, sur un ton fier. Dans sa chaîne de fabrication, l’entreprise de Tizi Rached ne peut cependant pas encore se passer complètement de l’étape d’importation. « Je suis obligé d’importer certaines matières premières qui ne sont pas disponibles en Algérie. Par exemple, j’ai choisi d’importer mon acier du Portugal car je suis garanti que cet acier ne se rouille pas. Le pire pour un transformateur, c’est de voir sa marchandise retournée car elle a un défaut », raconte-t-il.
Hacène Dahmane ne compte pas en rester là. L’homme qui a repris le flambeau voit grand. Dans un premier temps, la délocalisation d’une partie de ses ateliers. L’usine familiale est implantée en plein centre-ville de Tizi Rached, « le mardi avec le marché hebdomadaire c’est la galère pour les livraisons », raconte le patron. « Le wali nous a accordé une assiette. Un terrain situé juste à l’extérieur de la ville. On va pouvoir respirer et surtout s’étendre », sourit-il.
Après l’installation dans ses nouveaux locaux, Hacène Dahmane compte se lancer dans un « nouveau business » : l’importation d’ambulances. « C’est un grave problème en Algérie. Il n’y en a pas assez », explique l’entrepreneur. Et le « made in Algeria » dans tout ça ? « C’est comme un transfert de technologie. J’ai l’habitude d’importer des produits pour comprendre comment ils sont réalisés avant de les fabriquer moi-même ici. On fera la même chose avec les ambulances. À terme, j’espère que mon entreprise sera capable de construire les premières ambulances 100% algériennes », confie-t-il.
Exonération de taxe d’importation
Lorsqu’on demande à Hacène Dahmane le principal frein au développement de sa société, ce dernier répond tout de go : les taxes imposées aux importateurs. « Il y a un gros paradoxe dans notre pays. On taxe de la même façon un revendeur, qui importe un produit fini pour l’écouler sur le marché national, et un transformateur, qui importe de la matière première pour créer des produits algériens. Ce n’est pas normal ! », s’insurge-t-il, avant de lancer un appel aux autorités douanières : « Je demande l’exonération de toute taxe d’importation des produits destinés à la transformation et non à la revente. Il faut faire une distinction dans les textes de loi ».