Une loi de finances n’est qu’un document comptable statique. Pourtant en Algérie faute de prospectives et avec l’effritement du système d’information, alors que les plus grands planificateurs sont les firmes transnationales, ne signifiant pas le retour au système bureaucratique des années passées, c’est le seul document qui nous renseigne sur la politique socio- économique de l’Etat. La question qui se pose : la loi de finances 20110 adoptée en conseil des Ministres le 19 octobre 2009 s’insère t-elle dans le cadre d’une vision stratégique conciliant efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale renvoyant au lancinant problème du pouvoir d’achat des Algériens , objet de cette modeste contribution ?
1.- Le cadre économique de la loi de finances 2010
Les exportations ont atteint 31,90 milliards de dollars (mds) durant les neuf premiers mois de l’année 2009, contre 62,37 mds de dollars durant la même période de l’année écoulée, en soulignant la baisse du prix du gaz sur les marchés spots de plus de 40% ces derniers mois,encore que l’Algérie est liée à des contrats à moyen terme ) selon le Centre national de l’informatique et des statistiques donc devant être clôturées à 39/40 milliards de dollars et les importations ont atteint une valeur globale de 29,79 milliards de dollars contre 29,464 milliards de dollars enregistrés durant la même période de 2008, soit une augmentation de 1,12%, malgré les dernières mesures gouvernementales devant être clôturées à 37 milliards de dollars minimum . Prenant un cours moyen du baril de 37 dollars, la loi de finances 2010 a été établi pour 2010 un budget de fonctionnement de 2.838 milliards de dinars, soit une hausse de 6,6%, dont 1.600 milliards de dinars pour le fonctionnement des services de l’Etat et un budget d’équipement et d’investissement de 3.332 milliards de dinars d’autorisation de programme (en hausse de plus de 7 %), avec des crédits de paiements d’un montant de 3.023 milliards de dinars. Globalement et sous réserve que les prévisions soient tenues , ce qui n’est pas évident avec la tendance analysée précédemment pour les importations,mais en s ‘en tenant à un cours de 70 dollars à prix constants car tout dérapage du dollar(le dollar étant passé le -26 octobre 2000 : 1 EUR = 0,8252 USD , le 24 juillet 2008 à 1 EUR = 1,6038 USD, le -26 septembre 2008 à 1 EUR = 1,4063 USD et récemment le 16 octobre 2009 : 1 EURO = 1,4950) entraîne une envolée des importations ( 60% zone euro) sans compter son impact négatif sur le pouvoir d’achat des réserves de change de l’Algérie libellées en dollars , actuellement étant admis , que le cours de 78 dollars pour le pétrole mi octobre 2009 ne représente pas les fondamentaux (phénomènes spéculatifs antérieurs) on devrait avoir une balance commerciale légèrement positive. Mais le risque est ce que l’on gagne en appréciation du pétrole, l’Algérie peut le perdre en grande partie du fait de la dépréciation du dollar surtout si l’on maintient la même zone d’importation.
Mais cela n’est pas le plus important car l’analyse objective du financement de l’économie algérienne passe non pas par l’analyse de la balance commerciale mais par l’analyse de la balance des paiements. Or nous assistons au gonflement du poste des services au niveau de la balance des paiements pour 11 milliards de dollars en 2008 selon la déclaration officielle du Ministre des Finances , avec une tendance similaire pour 2009/2010 puisque le gouverneur de la banque d’Algérie dans son rapport d’octobre 2009 devant l’APN annonce plus de 5 milliards de dollars durant le premier semestre 2009, le montant ayant été de 4,7 milliards de dollars en 2006 et 7 milliard de dollars en 2007, l’Algérie étant le seul pays du pourtours méditerranéen a avoir une balance déficitaire en matière des services concernant notamment les télécommunications,la finance, le transport, le consulting et études ainsi qu’à l’informatique,la plupart des grands projets , étant confiés à des bureaux d’études étrangers pour la conception et le suivi se faisant au détriment des compétences nationales assistant donc à ce paradoxe exode de cerveaux algériens et importation des compétences étrangères(dévalorisation du savoir au profit des emplois rentes). Du point de vue budgétaire la loi de finances 2010 prévoit des recettes de 3081 milliards dinars et des dépenses de 5860 milliards de dinars contre 5191 milliards en 2009 donc un important déficit budgétaire qui sera comblé par le fonds de régulation établi par le gouverneur de la d’Algérie pour fin juin 2009 à 4280 milliards de dinars. Là aussi il nuancer l’analyse car la cotation du 17 octobre 2009 est pour le dollar achat 71,04, vente 75,39 et pour l’euro achat 105,88 et vente 112,35 ayant assisté depuis une année à un dérapage de plus de 25% pour l’euro et 15% pour le dollar, la raison invoquée étant de limiter les importations. Or du point de vue des recettes, la partie hydrocarbures libellée en dollars reconvertie en dinars est artificiellement gonflée tant pour les recettes fiscales bien qu’ils devraient passer de 77% en 2008 à moins de 66% en 2009/2010 que pour le fonds de régulation en dinars. Pour la partie importation le calcul des taxes douanières se faisant sur la partie dinars, nous aurons également un gonflement des taxes douanières qui se répercutent sur le prix final tant des matières premières et équipements que des biens de consommation expliquant que la baisse des prix au niveau mondial ne profite pas ni aux producteurs, ni aux consommateurs algériens. Globalement ces dévaluations tant par rapport au dollar qu’à l’euro voilent l’importance du déficit budgétaire.
Comme l’importance des réserves de change et ces dévaluations n’ont pas permis, comme cela se passe dans tous les pays développés et émergents une dynamisation des exportations hors hydrocarbures. Pour preuve, on importe presque tout et les exportations hors hydrocarbures ont été moins de 3% montrant que le blocage est d’ordre systémique, donc les rigidités structurelles et la difficulté est l’émergence de l’entreprise (et des compétences qui la fondent) seule créatrice permanente des richesses du fait des contraintes d’environnement (système financier, foncier, non adaptation de la formation, bureaucratie, corruption socialisée), en fait une gouvernance mitigée du fait qu’existe un lien dialectique entre la gouvernance globale et la gouvernance de l’entreprise.
Ce qui m’amène à analyser les prévisions du taux de croissance de l’économie qui détermine à la fois la création d’emplois et l’amélioration future du pouvoir d’achat des Algériens. Nous avons deux versions contradictoires, d’une part, la déclaration du ministre des Finances, M. Karim Djoudi, en marge des travaux du comité du développement de la Banque mondiale et du FMI. Je cite l’APS « l’économie algérienne devrait réaliser une croissance positive de 3,9 % en 2009, qui sera tirée notamment par la croissance hors hydrocarbures à plus de 6% » et la loi de finances adoptée le 17 octobre 2009, je cite toujours l’APS : « Le projet de loi portant loi de finances 2010 prévoit un taux de croissance prévisionnel du produit intérieur brut estimé à 4% et 5,5% hors hydrocarbures » en rappelant que la loi de finances 2009 avait prévu une croissance économique de 4,1% globalement et de 6,6% hors hydrocarbures et que le dernier rapport du FMI inquiétant pour l’Algérie prévoit 2,1% de taux de croissance en 2009 (moyenne 206/2008 inférieur à 3%) et 3,7% en 2010.
Alors se pose cette question fondamentale sur l’efficacité de la dépense publique : comment après avoir injecté 200 milliards de dollars entre 2004/2009 soit 45% du programme des USA, 30% du programme chinois (il faut ramener ces dépenses par rapport à la population, celle chinoise étant de 1,5 milliard d’âmes ) est –on, arrivé à ce résultat dérisoire alors que ces dépenses devraient avoir pour impact un taux de croissance global supérieur à 7% minimum pour assurer une réelle cohésion sociale reposant sur la création de richesses et non la distribution de la rente pour une paix sociale éphémère. Car, étant donc dans l’impossibilité de créer trois millions d’emplois entre 2009/2013 si l’on maintient ce taux, du fait que la croissance de la population active est de plus de 3,4% qui s’ajoutent au taux de chômage actuel. En précisant qu’il ne faille pas induire en erreur l’opinion publique, la technique bien connue des économistes, le tableau des échange interindustriel, montrant clairement que sur les 5/6% de croissance ors hydrocarbures, 80% sont irriguées par le canal de la rente des hydrocarbures (dont le BTPH) restant moins de 20% ayant des capacités d’entreprises véritables participant à la croissance du PIB.
La raison essentielle me semble t-il réside en la mauvaise exécution des programmes d’investissement entre 2004/2009 , aboutissant à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans l’exécution des projets : notamment l’existence d’un décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles ; l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et le budget de fonctionnement (récurrent) ; des passifs éventuels potentiellement importants, des écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés et des longs retards et des surcoûts pendant l’exécution des projets ?
2.- Loi de finances et pouvoir d’achat des Algériens
La loi de finances 2010 prévoit 1000 milliards de dinars pour la politique sociale de l’Etat environ 12,55% du Produit national brut (PNB) aux transferts sociaux contre 10% entre 2007/2008, dont une enveloppe de 230 milliards de dinars pour la revalorisation du SNMG ( rappelant que les dernières augmentations de la fonction publique ont été de 170 milliards de dinars ), qui peut entraîner cumulée avec l’envolée des dépenses improductives un retour à l’inflation en cas de non reprise de la sphère réelle, ce qui m’amène à aborder un volet important celui de la pauvreté suite aux déclarations récentes du Ministre de la solidarité le 18 octobre 2009 qui est d’ailleurs contredit par le récent rapport du PNUD du 05 octobre 2009 où l’Algérie vient d’être rétrogradé de la 100ème à la 104 ème place sur 182 pays entre 2008/2009 concernant l’indice du développement humain . En effet, pour le Ministre de la solidarité je le cite : «l’Etat a consacré 1.079 milliards de dinars pour financer les transferts sociaux en 2009», un budget couvrant les cantines et le transport scolaires, le logement social et la santé publique, mais aussi d’autres prestations sociales l’Algérie comptant officiellement 1.750.000 de pauvres à « qui l’Etat a consacré 7 milliards de dinars et que le taux du chômage est passé de 30,8% en 1999 à 11,7% en 2007 grâce aux différents dispositifs d’insertion sociale » Ce même responsable après avoir affirmé qu’il n’y a pas de pauvres en Algérie mais des nécessiteux et celui du Ministre des Affaires religieuses « il n’y a pas de pauvres en Algérie, pour preuve, il n’y a pas eu de morts biologiques », la question qui se pose est la suivante : sur quel base a-t-on calculé l’indicateur du calcul du taux de chômage devant tenir compte de la dynamique féminine (entre 400.000/450.000 de demandes par an qui s ‘ajoute au stock de chômage actuel) où selon l’officiel, il serait passé de 29% en 2000 à 23,7% en 2003, de 17,7% en 2004 , de 15,3% en 2005 et avec des données contradictoires pour 2007/2008 de trois sources officielles, l’ONS le Ministre de la solidarité et le Ministre du travail respectivement plus de 12%, 11,7% 10%, alors que selon certains organismes internationaux il serait de plus de 20/25% sans la sphère informelle.
Est ce les emplois rentes fictifs contribuent à la création de valeur d’une part, d’autre part, et est ce que les emplois précaires dominants ( 3 à 6 mois pour un jeune parfois universitaire à 6000 dinars par mois ) sont ils un signe d’amélioration de la situation sociale ? Elément déterminant du pouvoir d’achat ,le taux d’inflation là aussi avec des informations contradictoires , la loi de finances 2010 prévoyant un taux d’inflation de 3,5% pour 2010 alors que ce taux a été supérieur , selon l’organisme officiel l’ONS, 4,5% en 2005 et la tendance des 9 premiers mois de 2009 un taux supérieur à 5% alors que certains instituts internationaux donnent 12% ( enquête au niveau de la région Mena). Car, le besoin étant historiquement daté, cela renvoyant à l’urgence de revoir le panier de consommation qui préside à l’élaboration de l’indice de l’inflation totalement dépassé, déterminant pour savoir si oui ou non l’on assiste à un amenuisement du pouvoir d’achat. Ce d’autant plus que le revenu global de la comptabilité nationale et le PIB global a une signification limitée et l’important est d’analyser la destination par couches sociales selon l’importance des strates de revenus fonction de l’évolution de la population algérienne assistant à une concentration excessive du revenu national (en fait la captation de la rente des hydrocarbures objet de toutes les convoitises), au profit d’une minorité de couches spéculatives.
Car la disposition, la réduction de la pression fiscale sur les revenus faibles, a une portée limitée ne concernant qu’une tranche limitée des salariés mais avec le risque d’un nivellement par le bas et privilégier les couches rentières au détriment des couches utiles. Je rappelle que le SMIG en Algérie est à environ 120 euros, le salaire d’un professeur d’université en fin de carrière est d’environ 500 euros et 780 euros avec la nouvelle grille des salaires (passant du 1/4 de ses collègues maghrébins- idem pour le corps médical et enseignant primaire/secondaire) , donc une concrétisation de la dévalorisation du savoir, qui est pourtant le fondement du développement du XXIème siècle. Et selon les enquêtes du CNEAP, de septembre 2007 les ménages consacrent environ 60% de leur budget aux dépenses alimentaires, avec seulement 10% pour la viande, traduisant une sous-nutrition, en fait depuis le retour de l’inflation entre 2007/2009, le taux approche les 80% avec une sous nutrition expliquant l’envolée des postes consommation de médicament et céréales.
Le professeur Ahmed BOUYACOUB a bien montré, dans une contribution récente parue dans El Watan (septembre 2009) que le niveau de consommation moyen des Algériens a stagné entre 1985 et 2005 contrairement à nos voisins maghrébins. Cette détérioration du pouvoir d’achat accélèrera certainement l’endettement des ménages à l’avenir surtout par le poids du crédit à l’immobilier contenu dans la loi de fiances 2010. Car, le gouvernement a pr évu de baisser le taux d’intérêt des crédits hypothécaires, actuellement en vigueur et qui varie de 5.5 à 8.5%, le trésor public devant prendre à sa charge la différence des coûts résultant de cette baisse. Cela est clairement démontré lors du récent forum tenu à El Moudjahid (septembre 2009) en présence de banques publiques que ce sont les crédits à l’immobilier et très accessoirement les crédits à la consommation représentant selon le rapport de l’ABEF 2008 100 milliards de dinars moins de 900 millions euros avec 3% d’insolvables , où avec 36 millions d’habitants fin 2008 et un rythme de 250.000 nouveaux ménages par an, la demande en logement est forte mais insolvable , à l’instar de la crise des prêts hypothécaires déclenchée en août 2009 au niveau mondial (bas taux d’intérêt puis hausse des taux ) qui risque d’accroire l’insolvabilité des ménages algériens.
Et donc comment avec un taux d’intérêt variant entre 1/3% pour l’immobilier prévu par la loi de finances 2010, selon les tranches de revenus et un taux d’inflation supérieur à 5% combler la différence pour éviter la faillite des banques ? Cette mesure ajoutée à l’assainissement des entreprises publiques en 2009, ayant coûté au trésor public plus de 40 milliards de dollars entre 1991/2008 et plus de 5 milliards de dollars prévus entre 2009/2010, ne risque t-on pas d’aller vers de nouvelles capitalisations des banques ?
3- pour une nouvelle politique salariale et de régulation sociale
La politique salariale actuelle en Algérie favorise, contrairement aux discours populistes déconnectés des réalités, les rentes et non les créateurs de valeur directement (ingénieurs, techniciens) ou indirectement (enseignement, santé). Pour preuve le poste sortie devises services analysé précédemment et celui de la protection sociale coûteux avec des performances réelles mitigées malgré des transferts sociaux colossaux mais mal gérés et mal ciblés qui ne s’adressent pas aux plus démunis. D’ailleurs, il n’existe pas une véritable politique salariale et de protection sociale insérée dans le cadre d’une véritable vision du développement, due à la fois au manque de visibilité dans la politique socio-économique globale et à l’atomisation des décisions entre plusieurs départements ministériels qu’il conviendrait de regrouper à la fois pour l’efficience de la dépense publique et pour plus de cohérence. D’une manière générale l’ensemble des risques qui menacent le citoyen des sociétés contemporaines a connu des évolutions significatives et avec le développement de nouveaux besoins de protection naissent qui remettent en question les formes héritées et obligent à repenser les institutions et les techniques qui mettent en œuvre les politiques de protection sociale.
Cela pose d’ailleurs la problématique de la crise de l’Etat providence dans la plupart des pays et des objectifs poursuivis dans les redistributions opérées entre les individus et entre les générations. Ces dernières années, ce débat s’est focalisé sur l’opposition égalité- équité. Le monde depuis la moitié du XXème siècle a vécu sur un modèle égalitaire simple, l’Etat propriétaire gestionnaire pour l’Algérie de 1963 à 2009 régentant l’ensemble de l’activité économique et sociale réduction des inégalités, développement des prestations sociales pour tous, bien que certains contestent que ce modèle ait été équitable. Mais d’une manière générale, ce compromis est remis en cause avec l’évolution d’une société plus ouverte, plus individualiste exigeant des traitements plus personnalisés, avec comme toile de fond une croissance plus sélective. De ce fait cela remet en cause le traitement statistique global qui correspond de moins en moins à la réalité plus complexe.
La société de marché incitant naturellement à plus d’efforts et de dynamisme et la solidarité dans la compétition implique de cesser d’exclure sous peine de devenir une société de décadence. Ainsi les problèmes doivent être absorbés différemment et cela passe par une réflexion collective sur la justice au sens sociétal. Car le lien est fort entre justice et équité afin de dépasser la conception commune aujourd’hui qui prédomine d’injustice, encore qu’il n’existe pas de justice et d’équité absolue. L’universalité de la justice n’existant pas, elle dépend du moment daté et du mouvement historique. Une société dynamique en forte croissance offre des espoirs individuels plus grands en tolérant certaines inégalités qu’une société dont l’économie en stagnation où l’avenir est incertain comme en Algérie. Paradoxalement, en dynamique, certaines inégalités à court terme profitent aux plus défavorisés à moyen terme si l’on respecte les droits fondamentaux, bien qu’il faille éviter une domination excessive de l’argent sur la vie sociale. Dans un tel contexte il faut identifier lés inégalités qui doivent être combattues (inefficaces et injustes) et trouver le niveau acceptable d’inégalités nécessaires pour assurer le dynamisme de l’économie.
Il ne sera plus question de la simple égalité d’accès à des prestations banalisées mais l’équité par la discrimination positive privilégiant le renforcement des relations professionnelles, la relance des négociations collectives branches par branches grâce à de nouvelles méthodes de travail fondées sur l’innovation continue. Il s’agira de favoriser de nouvelles structures sociales dynamiques pour impulser le changement et impulser celles traditionnelles par définition plus conservatrices. En dehors des entités religieuses d’assistance et ce pour toutes les religions, et de certaines associations bénévoles, fondamentalement nous avons quatre institutions qui jouent un rôle décisif dans la couverture des risques de l’existence, et ceci d’une manière à la fois concurrente, complémentaire et solidaire : la famille, l’entreprise, les marchés et l’Etat.
– Premièrement la famille peut être considérée, d’un point de vue économique, comme une « petite société d’assurance », où l’on mutualise les risques, surtout en Algérie où on assiste tant pour des raisons historiques qu’économiques à une individualisation de plus en plus poussée,la crise du logement paradoxalement permettant d’éviter l’explosion sociale avec la détérioration du pouvoir d’achat de la majorité ( même marmite, partage des charges ect). Car, les mutations sociales de la famille ont généré des risques nouveaux, la dislocation familiale étant à l’origine de risques qui sont pris en charge ensuite par l’Etat, et on peut poser une corrélation stricte entre la nécessité de Etat- providence et la désagrégation de la cellule familiale lorsque les revenus ne parviennent pas à couvrir les besoins, ceci étant fonction de l’aisance financière de l’Etat, ce qui est le cas pour l’Algérie avec la rente pétrolière et l’importance des réserves de change, la loi de finances 2010 concrétisant cet aspect.
-Deuxièmement l’entreprise est appelée à l’avenir à jouer comme facteur de gestion des risques de l’existence (œuvres sociales). Encore que la stratégie future des entreprises au XXIème siècle contrairement au XXème siècle où la réinternalisation est prépondérante s’orientera de plus en plus vers l’ externalité, notamment à travers la création de fonds de pension ou d’une assurance maladie qui, parce que gérée dans un univers plus concurrentiel, redeviendrait une fonction d’entreprise. Pour l’Algérie, paradoxalement, les entreprises informelles marchandes industrielles ou de services, produit de la bureaucratie,qu’il s’agit d’intégrer intelligemment loin des mesures administratives autoritaires, car recelant des entrepreneurs dynamiques acquis aux réformes, drainant 40% de la masse monétaire en circulation et employant plus du ¼ de la population active, contribuent quant à elle à travers des réseaux diffus de corruption qui s’est socialisée, à assurer la cohésion sociale.
-Le troisième acteur historique de la protection sociale, ce sont les marchés. Et contrairement aux apparences , le grand historien de l’économie Fernand Braudel dans sa description du capitalisme par exemple, a bien montré le rôle décisif des marchés dans la couverture des risques. Des risques industriels et financiers mais aussi sociaux. L’épargne, l’assurance et la prévoyance ont été posées dès le début du XIXe siècle comme le principal moyen de se protéger contre les risques de l’existence avec la création en France des Caisses d’épargne (1818) ainsi que l’encouragement de l’assurance. Enfin, entre ces trois ensembles d’institutions famille, entreprise, marchés, intervient le rôle, en plusieurs étapes qui a largement évolué, de l’Etat en tant qu’institution. L’Etat est d’abord intervenu en matière de protection sociale comme employeur, pour aménager le statut des fonctionnaires. Les pouvoirs publics ont cherché à organiser et normaliser les formes privées de la protection sociale, et avec l’institution de la Sécurité sociale, l’Etat fait de la protection sociale une de ses fonctions fondamentales. L’histoire des crises économiques dont la plus récente est celle d’octobre 2008, montre clairement que l’Etat essaie de suppléer, mais d’une manière ciblée, à la déficience du secteur privé, encore comme le montre la faillite des régimes socio- démocrates depuis le début des années 2000, ce n’est pas le retour à l’Etat providence.
4- Conclusion : Quelles perspectives faute de vision stratégique ?
Il semble bien qu’à travers la loi de finances 2010 que le souci majeur est de préserver la paix sociale à court terme sans cerner clairement les liens entre les perspectives futures de l’économie algérienne et les mécanismes de redistribution devant assurer la cohésion sociale, donnant l’impression d ‘une redistribution passive de la rente des hydrocarbures sans vision stratégique, bien qu’existe certaines dispositions encourageant l’entreprise. Ce qui signifie si cette tendance perdure le sacrifice des générations futures en fonction des scénarios d’épuisement des hydrocarbures selon deus scénarios l’un pessimiste 16 ans et l’autre optimiste 25 ans c’est à dire demain, l’Algérie étant indépendante depuis 47 ans, alors que l’Algérie a toutes les potentialités pour devenir un pays pivot au sein du bassin euro- méditerranéen et arbo-africain.
En cette ère de mondialisation tenant compte du défi écologique qui prélude à des changements stratégiques importants 2015/2020, ce monde impitoyable toute Nation qui n’avance pas recule et les pays émergents l’ont bien compris. Or le taux d’emploi dépend du taux de croissance et des structures de productivité étant une loi économique applicable à tout pays et l’on ne voit pas clairement entrevoir une politique du passage d’une économie de rente à une économie productive reposant sur l’entreprise à moyen terme. C’est que le frein à la création d ‘entreprises concerne surtout les contraintes d’environnement qui ne sont pas levées (bureaucratie, système financier sclérosé, le foncier, système socio-éducatif non adapté ec t). Dans ce cadre, de la faiblesse de la vision stratégique globale, le système algérien tant salarial que celui de la protection sociale est diffus, bien que les intentions contenues dans la loi de fiances 2010 sont louables.
Dans la situation actuelle, plus personne ne sait qui paye et qui reçoit. On ne connaît ni le circuit des redistributions entre classes d’âge, entre générations et encore moins bien les redistributions entre niveaux de revenus ou de patrimoine. Or, le principe tant de l’efficacité économique et donc motiver au travail, que de justice sociale (les économistes parleront d’équité) pour éviter le divorce Etat/citoyens exige que l’on résolve correctement ces problèmes fondamentaux devant reposer sur des mécanismes transparents. Cela renvoie à l’instauration d’un Etat de droit tenant compte des nouvelles mutations tant internes que mondiales pour une société plus citoyenne, passant par une plus grande visibilité et cohérence dans la démarche de l’approfondissement nécessaire de la réforme globale, en fait à une gouvernance rénovée.
Docteur Abderrahmane MEBTOUL Professeur d ‘ Université Expert International-
Voir l’interview du docteur Abderrahmane MEBTOUL sur le nsite de la télévision internationale Al Djazeera, « suite à la présentation devant l’APN de la situation financière de l’Algérie, 13 questions au gouverneur de la banque d’Algérie 15 octobre 2009 »