Sonatrach a racheté la société sportive par actions du Mouloudia Club d’Alger (MCA), doyen des clubs algériens, mais ses administrateurs ne sont pas arrivés à convaincre les joueurs de participer à la cérémonie de remise des médailles mercredi, à la fin de la finale de la Coupe d’Algérie de football gagnée par l’USMA. Incident inédit. A la tribune d’honneur, les membres du gouvernement au complet et les plus hauts gradés de l’armée algérienne étaient furieux.
L’absence du président Bouteflika pour cause de maladie, mercredi 1er mai, à la finale de la Coupe d’Algérie de football a contribué à « clochardiser » la cérémonie de remise du trophée assurée par le Premier ministre Abdelmalek Sellal. Pour la première fois en 49 éditions de cette compétition, un finaliste a refusé de participer au protocole du cérémonial. Les joueurs du MC Alger (MCA), déçus d’avoir été les premiers mouloudéens à perdre en finale dans l’histoire homérique du doyen des clubs algériens, ont directement quitté le terrain au coup de sifflet final. Selon de nombreux témoignages, ils l’ont fait sur injonction du coordinateur de la section football, Omar Ghrib, l’homme fort du club, survivance de l’ancien actionnariat maintenu dans le management par Sonatrach.
En dépit de négociations qui ont retardé la cérémonie d’une vingtaine de minutes, la délégation du MCA a persisté à vouloir boycotter la cérémonie de remise des médailles « pour protester contre un arbitrage défavorable ». L’intervention de plusieurs personnalités et émissaires du ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Tahmi, du président du Comité olympique algérien (COA), Mustapha Berraf, et du président de la Fédération algérienne de football (FAF), Mohamed Raouraoua, dans le vestiaire des Vert et Rouge n’a rien changé, et les officiels ont dû se résoudre à entamer une cérémonie entachée par l’absence des perdants.
Cette attitude a indigné la tribune d’honneur, bondée, mercredi, de membres du gouvernement autant que des plus hauts gradés de l’armée algérienne, la finale de la Coupe d’Algérie militaire de football ayant eu lieu en ouverture du match MCA-USMA. La colère était d’autant plus perceptible que le club professionnel MCA a été recapitalisé avec de l’argent public, l’automne dernier, suite à une injonction du président Bouteflika. En effet, c’est Sonatrach qui est devenue actionnaire à près de 80% de la société par actions Le Doyen, née du passage au professionnalisme en 2010. Des ministres ont requis l’intercession de l’actionnaire du MCA- football mercredi durant l’incident. Ils ont été surpris, ainsi que tous les présents, de constater que le président du Conseil d’administration de la société qui gère le football au club, Kamel Amrouche, n’avait aucune autorité sur les joueurs, a fortiori sur Omar Ghrib, ancien actionnaire devenu salarié de la société en tant que coordinateur de la section football. Le président du CA du MCA a déclaré plus tard à la Radio nationale que c’étaient les joueurs qui « avaient pris la décision du boycott ». Au MCA football, Sonatrach est propriétaire, assure les salaires, s’apprête à éponger un déficit de 28 milliards de centimes de l’exercice 2012mais… il ne décide de rien.
« Cette fois ce n’est pas comme pour In Amenas »
« Le sort du PDG de Sonatrach va inévitablement être engagé dans une telle affaire. Il a fait étalage de la faiblesse de son management à un moment délicat pour le pouvoir politique », estime une source interne au secteur de l’énergie. Le limogeage d’Abdelhamid Zerguine avait été évoqué un peu trop précipitamment après le désastre de la prise d’otages de Tiguentourine, à In Amenas (Sud algérien) en janvier dernier, sans doute par des sources soucieuses de masquer les défaillances des services de sécurité dans la surveillance des frontières et des abords des sites pétro-gaziers névralgiques. « Mais cette fois-ci, il est directement responsable du choix de Kamel Amrouche à la tête de la SSPA MCA, un homme qui n’arrive pas à asseoir l’autorité de l’actionnaire public et qui est quotidiennement piétiné par le coordinateur de la section football dans la presse sportive », estime la source au ministère de l’Energie. Pis encore, la décision de maintenir Omar Ghrib à la tête du management du club, souhaitée par l’ambassadeur d’Algérie à Rome Rachid Maarif, soucieux de garder une influence, ancienne et déclinante, sur le club, est aujourd’hui directement imputée à Abdelhamid Zerguine.
Omar Ghrib, un petit commerçant au passé sulfureux et aux méthodes très controversées, a provoqué, l’été 2012, une protesta des supporters qui ont revendiqué son départ du club pour laisser venir de nouveaux acquéreurs privés, comme cela a été possible pour le rival voisin, l’USMA, qui a bénéficié en 2010 de l’injection de près d’un milliard de dinars avec l’arrivée des frères Haddad dans son capital. Finalement, la décision politique du président Bouteflika de renflouer la SSPA MCA avec l’argent de Sonatrach a débouché, à la surprise générale, sur le maintien d’Omar Ghrib dans ses fonctions par le PDG de Sonatrach. Une décision dont la légèreté a révélé l’étendue de ses conséquences mercredi, avec l’incident protocolaire de la finale de la Coupe d’Algérie de football. « Si c’est comme cela qu’est gérée Sonatrach, je comprends mieux pourquoi nous devons nous alarmer pour notre avenir », pouvait-on entendre à la sortie de la tribune d’honneur, hier, au stade du 5 Juillet à Alger.
Le CSA MCA, actionnaire minoritaire, réclame des sanctions
Le boycott de la cérémonie de remise des médailles a également provoqué un grand émoi au sein de la famille des dirigeants historiques du MCA réunis dans l’association civile Club sportif amateur (CSA), détentrice du logo, des couleurs du club et formellement de 10% de la SSPA du football. Hier en soirée, le CSA, dont la présidence est assurée par l’ancien athlète Amar Brahmia, a adressé en urgence aux rédactions un communiqué, dont une copie à Maghreb Emergent, dans lequel il « condamne avec la plus grande des fermetés cet acte inédit des responsables de la section football de ne pas se présenter pour la remise des médailles à la fin de la rencontre, une attitude qui a jeté le discrédit sur le doyen des clubs algériens ». Félicitant l’USMA pour sa victoire, le CSA appelle « les responsables du sport national à prendre des mesures et des sanctions exemplaires contre les responsables de cette « honte » des pseudos dirigeants qui ont jeté l’opprobre sur l’histoire et la réputation du doyen des clubs algériens ».
Lu sur : maghrebemergent.info