Profitant seulement des rentrées financières des hydrocarbures, le gouvernement a délaissé ce secteur qui est considéré comme le moteur de l’économie dans certains pays tels le Maroc, l’Espagne ou encore l’Egypte et la Tunisie.
Alors que la Tunisie et l’Egypte, considérées comme les destinations touristiques privilégiées pour les Européens, vivent des moments difficiles dus essentiellement aux troubles politiques que connaissent ces pays, l’Algérie n’a pas su profiter de cette situation et relancer le secteur du tourisme en léthargie depuis plus de 20 ans. Selon le ministre du Tourisme, Mohamed Benmeradi, seulement 400.000 touristes étrangers sont entrés sur le territoire algérien en 2013 contre 280.000 au premier trimestre 2012. Même si le ministre du secteur est fier de cette légère augmentation, il est largement loin de ses prévisions qui étaient de deux millions de touristes étrangers attendus en 2013 en Algérie. Curieusement, le ministre du Tourisme calcule ce chiffre en associant touristes étrangers et émigrés algériens venus d’Europe, alors que ce sont deux franges différentes de touristes. Lors d’un bilan, le ministre avait annoncé que 680.000 personnes seulement avaient visité notre pays en 2012, dont seulement 240.000 touristes européens. Ce qui est très peu pour un pays comme l’Algérie et surtout loin des prévisions des pouvoirs publics qui tablaient à l’époque sur 2,5 millions de touristes à l’horizon 2015.
Et pourtant l’Algérie avec ses 1200 km de côtes avec la Méditerranée, son Sahara et ses montages de l’Atlas, aurait pu dépasser la Tunisie en chiffres et en fréquentations durant au moins l’année 2013 et même concurrencer les Marocains qui arrivent à 9 millions de touristes par an.
Selon l’Office national du tourisme tunisien (Ontt), la Tunisie a accueilli, de janvier à juin 2013, 1,1 million de touristes contre 1,5 million au cours de la même période de 2010, accusant une chute de 26,8%. Le premier marché touristique de la Tunisie reste la France (329.056 touristes), bien qu’il ait régressé de 19,9% par rapport à l’année dernière. Les touristes maghrébins représentent l’autre moitié des rentrés en Tunisie avec 55% des entrées globales avec notamment 1,4 million de personnes dont un million de touristes libyens et 360.430 Algériens. Si les Algériens préfèrent la Tunisie, c’est essentiellement parce qu’ils ne sont pas contents des prestations dans leur pays. Malgré la révolution, celle-ci ne semble pas trop touchée par la crise puisque les sites sont situés en dehors des zones de turbulences politiques particulièrement à Hammamet et à Sousse. Mais la situation est critique, ce qui avait conduit le président français à intervenir personnellement pour encourager les citoyens français à venir faire du tourisme en Tunisie.
Le tourisme, l’un des principaux moteurs de l’économie tunisienne, représente 7% du PIB et assure environ 400.000 emplois. Il a un effet d’entraînement sur une grande partie des secteurs économiques: commerce, transport, artisanat, communications, agriculture, bâtiment… En Egypte, la révolution a eu également ses conséquences sur le secteur du tourisme. En 2010, plus de 14 millions de touristes étrangers avaient visité l’Egypte. En 2012, les clientèles étrangères ont peu à peu retrouvé le chemin du pays des pharaons.
L’année 2013 avait plutôt bien démarré avec 4,9 millions de touristes accueillis de janvier à mai, dont 1,26 million de Russes et seulement 107.000 de Français, selon les chiffres officiels égyptiens. Le ministère du Tourisme affirmait fin avril que les taux de réservation dans les hôtels de la mer Rouge dépassaient les 80% pour l’été et atteignaient près de 45% au Caire. Il espérait reconquérir cette année les sommets de 2010. Mais la nouvelle crise politique pourrait faire baisser les chiffres surtout après que certains pays comme la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et la Suisse ont déconseillé à leurs ressortissants de se rendre en Egypte. La Russie et l’Allemagne sont restées fidèles à la destination. Berlin estime que les séjours balnéaires et les croisières ne présentent aucun danger. Moscou recommande seulement «d’éviter les zones où se déroulent des manifestations de masse» et «d’éviter de quitter les stations balnéaires». Cette situation du tourisme méditerranéen n’a pas été récupérée par l’Algérie mais par la Grèce, qui a fortement profité des voyages annulés en Egypte ou en Turquie (pays touchés par des manifestations aussi) pour booster son tourisme local.
L’industrie touristique grecque entend franchir la barre des 17 millions de visiteurs en 2013, contre moins de 16 millions l’an dernier, et vise une hausse des recettes de 10% à 11 milliards d’euros. Cette importante rentrée financière ne semble pas intéresser nos responsables politiques et plus particulièrement le ministère du Tourisme et son secrétaire d’Etat, chargé du Tourisme, Mohamed Amine Hadj Saïd.
L’Algérie possède pourtant tous les moyens pour améliorer son tourisme local: des sites d’une grande beauté, des hôtels haut standing sur les principales grandes villes du pays, Alger, Oran, Annaba et Tlemcen… L’absence de politique touristique réelle et rigoureuse, l’absence de promotion internationale, la fermeture des principales stations balnéaires aux étrangers, Morreti, Club des Pins et une partie de Sidi Fredj, la mauvaise gestion des sites touristiques comme la Casbah, le Tombeau de la Chrétienne, les sites de Tipasa et surtout l’absence de tours-opérateurs professionnels, comme ce fut le cas dans le passé Touring club, ont largement favorisé le déclin du tourisme algérien qui était parmi les plus prisés dans la Méditerranée durant les années 1970. Profitant seulement des rentrées financières des hydrocarbures, le gouvernement a délaissé ce secteur, qui est considéré comme le moteur de l’économie dans certains pays comme le Maroc, l’Espagne ou encore l’Egypte et la Tunisie. Selon une étude internationale, l’Algérie est classée à la 132e place des destinations touristiques sur un classement de 140, devançant seulement huit destinations, à savoir le Yémen, la Mauritanie, le Lesotho, la Guinée, le Sierra Leone, le Burundi, le Tchad et Haïti.