«Pour un hypocrite être démasqué est un échec, mais se démasquer est une victoire», disait Victor Hugo. Impossible de ne pas penser à ce mot d’esprit lorsqu’on revoit cette belle photo qui fait le buzz sur les réseaux sociaux en Algérie.
Un homme barbu, oui aussi barbu que ces hommes qui hantent nos mosquées et peuplent nos rues pour nous faire la morale lorsque nous commettons le moindre écart proscrit par l’Islam. Un homme barbu pille donc un camion plein de bière ! Le «pilleur barbu» prend même son temps pour poser devant l’appareil photo d’un smartphone. Large sourire aux lèvres, le pilleur affiche une bonhomie exceptionnelle. Mieux encore, une certaine fierté se dégage de son visage au moment où il porte soigneusement, et affectueusement, entre ses bras une cargaison de bière Stella. Ah, la maudite bière si combattue par nos conservateurs islamistes et autres prêcheurs du vendredi. Mais que signifie le geste de ce barbu jovial, épanoui et fier ? Il faut piller tous les camions transportant des bières ? Est-ce une nouvelle mode de djihad qui va déferler sur l’Algérie ?
Trêve de plaisanterie. Ce barbu n’est, peut-être, même pas un islamiste convaincu, chevronné ou conservateur jusqu’au bout des orteils. Peut-être qu’il se contrefiche royalement de la morale islamique. Il est, peut-être, un buveur impénitent. Cependant, il est fort possible qu’il soit aussi un islamiste dur à cuir qui veut débarrasser nos autoroutes de ces sataniques bières. Quoi qu’il en soit, au-delà de son sourire ravageur qui a amusé, et raffolé, de nombreuses internautes algériennes, célibataires qui recherchent désespérément le prince charmant, c’est toute la question du «paravent très commode» instrumentalisé dans toutes les occasions par notre société pour faire bonne figure. La barbe, devenue en quelques années le symbole fantasmagorique d’un conservatisme religieux, n’est finalement qu’un paravent placé par la malhonnêteté de nombreux algériens et derrière lequel ces mêmes algériens enragent à leur aise. Oui, je peux être un barbu et piller de la bière, la boire, la revendre au marché noir ou l’offrir tout simplement à une bande d’amis en quête de sensations pour noyer leur chagrin routinier.
Le barbu ne se promène pas uniquement avec son kamis dans les mosquées et les marchés populaires pour défendre la cause de la «Charia» ! Il pille aussi les camions transportant de l’alcool et pose pour des photos-souvenirs. Où est le mal ? Nulle part ! Sauf que dans une société où le paravent veut déterminer la norme collective et la morale, un souci majeur se pose. Celui de la légitimité de ce conservatisme ambiant qui veut transformer notre pays en lieu de culte à ciel ouvert. Des mosquées pour nous, mais des cargaisons de bière à piller pour les autres, à savoir ces barbus gardiens du temple religieux. Cette morale à double-vitesse est tout simplement une foutaise. Et ce beau barbu pilleur de bière nous démontre cette vérité avec brio. En 2015, pour se construire, l’Algérie n’a pas besoin d’une religion pour l’utiliser comme un paravent qui cache ses vices. L’Algérie a besoin de la religion pour élever son esprit, forger ses valeurs et apprendre le sens de la justice dans une époque où les richesses sont détournées et la dignité bafouée par un régime illégitime. Un buveur de bière qui aide sa société à instaurer l’égalité et la justice sociale vaut mieux qu’un barbu cultivant la vertu dans une salle de prière… et la violant aux abords d’une autoroute.