Certains mythes sont bons à détruire. Certaines légendes, inventées pour faire peur aux enfants, doivent être démystifiées. Le général Toufik n’est pas Dieu. Il était temps qu’on le dise clairement et fortement. Peu importe que l’on soit d’accord avec Amar Saïdani ou pas. Peu importe si on lui porte de l’affection ou pas. Le débat qui est posé ne concerne nullement ce personnage controversé et ses frasques.
Non, le débat est plus important qu’une simple et stérile polémique. Le débat, le vrai, concerne, une fois pour toute, les véritables pouvoirs qu’on attribue au DRS. L’influence de cet appareil sécuritaire sur les centres de décisions de notre Etat doit être étudiée, disséquée et débattue le plus sérieusement possible. Dans un pays digne de ce nom, et où le bon sens, le patriotisme et le sens de l’honneur ont encore un encrage dans la société, la justice aurait convoqué Amar Saïdani pour qu’il s’explique sur les dangereuses révélations qu’il a faites tout au long de son entretien incendiaire. Les juges, ces gens qui sont payés avec l’argent des algériens, ont le devoir d’enquêter, de chercher à comprendre comment de telles accusations ont été portées et quels sont leurs fondements. Il est du devoir de notre justice, même si celle-ci se complait dans son immobilisme abject, de plancher sur les faits rapportés par Saïdani.
Il fait partie des prérogatives et des missions de nos juges de demander à Saïdani des preuves qui étaient ses propos accusateurs. Le silence de notre justice face à cette affaire est en soi un scandale intolérable. Un scandale qu’on ne doit pas passer sous silence comme à chaque fois lorsque nos juges fuient leurs responsabilités.
Des responsabilités qui les obligent à convoquer aussi le Général Toufik, cet homme invisible qui dirige, pourtant, le département qui veille sur notre sécurité et celle de notre pays. Oui, monsieur le Général, vous aussi, vous nous devez des explications. Les questions posées par Saïdani ont été posées depuis longtemps par des citoyens algériens indignés par l’obscurité de votre pouvoir et le manque de transparence qui entoure votre personne. Que ce soit l’affaire Tiguentourine, le scandale Khalifa, les scandales Sonatrach I et II ou la troublante affaire de l’autoroute est-ouest, votre témoignage concernant le rôle de vos services est vital pour les Algériens. Monsieur le Général, nous avons le droit de connaître la vérité. Nous avons le droit de comprendre comment vos agents n’ont pas réussi à empêcher la dilapidation de ces milliards de deniers publics. Nous avons le droit de connaître le rôle exact de vos services lors de la décennie noire et pendant les terribles attaques terroristes qui ont endeuillé notre pays.
Pour certains vous êtes un héros, pour d’autres vous êtes un dirigeant autoritaire dangereux, voir criminel comme le laisse entendre Saïdani. Les Algériens en ont ras-le-bol de cette vision binaire. Ils en ont marre de ces propagandes incessantes et leurs rumeurs colportées à tort et à travers. Montrez-vous une fois pour toute et dites-nous toute la vérité. Expliquez à l’opinion publique algérienne ce qui s’est passé réellement dans son propre pays. Vos partisans disent que Saïdani est un menteur, affabulateur et manipulateur au service d’un clan qui vous est hostile. Soit ! Mais pour l’amour de Dieu, parlez, parlez et exprimez-vous pour que l’on puisse enfin façonner une opinion censée et indépendante de toute manœuvre de désinformation. Les Algériens ont longtemps souffert de cette guerre de clans qui déchire leur Etat et renforce son inefficacité. Ils ont longtemps été victimes de cette guerre larvée qui bloque le développement du pays et sa modernisation. Mon général, la vérité est notre droit et votre devoir. Aujourd’hui, l’obscurité dont vous jouissez ne sert ni votre personne ni votre institution. Si vous aimez réellement votre pays, alors soyez franc avec votre peuple et dites-nous la vérité, rien que la vérité sur toutes ces graves accusations qui nous tourmentent depuis longtemps, très longtemps…