« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendront blanc ou noir ». A Aïn El Hadjel, dans la wilaya de M’sila, les habitants ont appris, à leur grand dam, cette célèbre citation qui évoque la notion d’injustice et d’inégalité. Naguère, les habitants de cette ville de l’Algérie profonde ne connaissait ni l’origine ni encore moins le sens de ce célèbre adage de Jean de La Fontaine.
Mais, aujourd’hui, les jeunes, comme les personnes âgées d’Aïn El Hadjel subissent, dans leur chair, les sentences des contes de Jean de La Fontaine. Là, comme un peu partout dans cette Algérie où la vie est rythmée par les scandales de corruption, pour bien vivre, il faut être puissant. A contrario, si le citoyen n’est qu’un « misérable », il jouit à peine du droit de respirer. Et à Aïn El Hajdel, l’homme puissant est.. le maire de la ville. Récemment, une campagne de nettoyage a été organisée par plusieurs associations locales en collaboration avec les agents des services publics. Main dans la main, les habitants se sont mobilisés pour nettoyer leurs villes des souillures qui la défiguraient. Noble et louable, l’initiative a, malheureusement, été dévoyée par le maire qui en a profité pour facturer à sa propre mairie la bonne volonté des citoyens ! Oui, des factures ont été établies et de l’argent a été retiré des caisses de la commune pour payer qui, quelle prestation ?
La police a enquêté. De fil en aiguille, elle a découvert l’arnaque : l’argent a été détourné par le maire qui a inventé une fausse facture. Leurs investigations ont abouti à faire la lumière sur tout un système de détournements et de dilapidations de deniers publics. Le maire, avec la complicité de plusieurs personnes, a établi, à maintes reprises, des factures fictives pour se remplir les poches. Des prestations imaginaires. Les policiers ont découvert de nombreuses passations de marchés non conformes à la réglementation. La mairie a été transformée en un véritable nid de corruption.
Les conclusions de l’enquête étaient accablantes. Le dossier a été transmis à la Justice. Mais les policiers attendent toujours qu’un juge délivre un mandat de dépôt à l’encontre de l’édile. Comme dans « Les animaux malades de la peste » de Jean de La Fontaine, personne n’osera dénoncer « La Peste ». Oui, la Justice n’a pas digné bouger son petit doigt contre le maire accusé de « corruption » et de « détournement ». Le procureur général près la cour de M’sila a bien pris soin de remiser le dossier au fin fond de ses tiroirs.
A la Cour de M’sila, cette affaire est traitée à la cadence d’une tortue. Et pourquoi ? Tout simplement parce que le procureur tient en haute estime le maire avec lequel il aurait conclu une affaire de près de deux milliards de centimes, nous révèlent de nombreuses sources policières locales. Et les affaires sont, il faut le croire, au dessus de la justice. Le business est plus sacré que la morale. Et qui osera enquêter sur le procureur ? Un policier lambda ? Certainement pas! Un ministre de la Justice ? Là aussi, aucune illusion à se faire. Lui, non plus, n’aime pas les « misérables ». Il leur préfère les « puissants ». Pauvre Ain El Hadjel. Pauvre Algérie. Et vive la justice à…deux milliards!