De Boumediene au mariage du fils du DGSN Par Kamel Daoud

Redaction

​Fin d’année 2013 à Oran des policiers partout. Des fourgons, des agents en gants blancs et des gendarmes sur toutes les lignes, régulant la circulation. Ce n’était pas un ministre, un président ou un Roi d’ailleurs, c’était le DGSN qui mariait son fils à Oran et qui mobilisait nos institutions, pour sa fête à lui. Pourquoi en parler maintenant ? Parce qu’il faut parler de Houari Boumediene à l’occasion de l’anniversaire discret de sa mort.

L’homme aux grandes moustaches qui allaient de l’Irak au Maroc, a laissé derrière lui le bon souvenir aménagé que ce genre de chose ne serait jamais arrivé en son temps. A l’époque, l’Etat n’était pas un régime ou, plus précisément, le régime était un Etat. Le bonhomme aux moustaches et aux yeux de braise avait fondé et défini une fois pour toute l’archétype du présidentAlgérien typique et pour toute l’éternité, et demi : farouche, dur, tueur, mais juste, propre, ascète,honnête jusqu’à la méticulosité, digne, serein, fort,charismatique, décideur, rusé, malin, intelligent, capable de faire se lever un peuple ou faire s’assoir une ONU et sans livret de famille autre que son peuple. Une sorte d’équilibre fin et rare entre ladictature et le don de soi, la mystique et l’autorité, la force et la beauté du geste, crime et la rime.

Le portrait, dans la mémoire collective, gommera les erreurs de Boumediene, ses errances, ses excès et ses assassinats, pour ne retenir que le mythe vivant de son autorité. Celle qui manque à ce peuple qui rêve de retour à l’utérus et du Père de tous pour que chacun joue à l’enfant chez tous. L’Algérie ne pleurera aucun autre après lui et le chroniqueur se souviendra de ce silence incroyable, profond, suspendu au-dessus de sa tête d’enfant quand sa mère appris la mort de Boumediene, parmi d’autres femmes, dans un bain maure. Une sorte de stupeur qui figea le monde autour de l’enfant et lui fit découvrir ce qu’était la mort, d’abord, autrefois : le synonyme de l’inattendu qui peut stopper le lourdcorps du Temps.

Et ensuite ? Chaque président suivant tentera d’imiter, inconsciemment ou pas, le mort illustre : Chadli en gardera la digne façon de marcher, Boudiaf le regard dur et le verbe haut, Zeroual l’honnêteté, et Bouteflika en tentera la doublure avant de se lasser du jeu de rôle et de sombrer dans l’aigreur d’avoir raté une histoire et de ne manger que sa cendre. Et aujourd’hui, il se trouve encore des algériens qui rêvent du retour de cet homme parce qu’il n’y a personne d’autres. On revient alors vers la tombe de l’homme, on lui secoue la cendre et le nom sur le marbre et on attend qu’il réponde car la nation n’a plus où aller et elle est orpheline, désespérée, seule et réduite à un intestin et à des émeutes et n’a même pas de candidats pour les élections et seulement unechaise qui roule dans un pays qui bloque.

Mais Boumediene est bien mort. Il ne gouverne plus que les imaginaires. Il n’avait pas de frère vice-Roi. Et, contrairement à d’autres, aucun fils à marier en mobilisant tout les policiers de la région. C’est ce qui a changé, justement. Profondément. Abd ElGhani Hamel, Général Major et patron de notre police, a fait une erreur. Sa jeune carrière aurait pu éviter une telle démonstration mondaine, avec le chef des armées algériennes à ses cotés et les polices et les gendarmeries et deux motards en escorte pour le fils chéri. Cela nuira à sa carrière longtemps. Tout le pays en parle, sauf bien entendu les journaux algériens qui se sont fait étrangement discrets sur ce fait. Le DGSN n’avait pas besoin d’étaler sa puissance, ni de réquisitionner un ou deux hôtels cinq étoiles pour ses invités ni faire douter de sa fiche de paye et sur la question de « qui a payé ? », ni de piéger son avenir par du monarchisme d’un week-end. Cela est mal passé à Oran et dans le reste de l’Algérie. Boumediene n’aurait jamais accepté, lui.

Evitez-nous donc à l’avenir vos frasques !      

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