Le « sellalisme » de l’Algérie et le réformisme de l’Iran Par Abdou Semmar

Redaction

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L’Iran. Ce pays a vécu sous embargo américain et européen pendant plus de 30 ans, et a réussi à devenir une véritable puissance régionale. Menacé quotidiennement par les Etats-Unis et Israël, sanctionné par l’Union Européenne, diabolisé par les médias occidentaux, bousculé par le lobbying des monarchies du Golfe, notamment de l’Arabie Saoudite qui a consacré plusieurs de ses milliards de pétrodollars pour tuer dans l’œuf l’esprit de la révolution islamique iranienne, l’Iran a su surmonter tous les obstacles pour devenir un acteur politique et économique incontournable sur la scène internationale.

Martyrisé par une longue et terrible guerre contre l’Irak, qui a emporté plus d’un million d’Iraniens, confronté aux crises régionales très complexes en Afghanistan et en Syrie, l’Iran s’est débrouillé comme un AS pour conserver ses intérêts et protéger sa sécurité nationale. Il est totalement légitime de se méfier de l’Iran, de honnir sa politique et sa gouvernance, de critiquer sa diplomatie, de s’indigner face à la situation des droits de l’Homme et de la femme y prévalan; mais, il serait singulièrement malhonnête de ne pas reconnaître son mérite, ses progrès et ses performances impressionnantes.  En 2015, l’Iran est devenu la vingt-neuvième puissance économique mondiale par PIB nominal et la dix-huitième par PIB à parité de pouvoir d’achat. L’Iran est également le principal producteur automobile au Proche-Orient. Le pays a produit en 2006, un peu plus de 1,1 million de voitures. Pour cette année 2015, l’Iran souhaite atteindre, au moins, les 2 millions d’unités. Des industriels iraniens font même le montage de véhicules iraniens en Biélorussie, en Syrie, en Azerbaïdjan et au Venezuela. Investissement, industrialisation, exportation de produits manufacturés, l’Iran se développe, se modernise, en dépit d’un embargo international et d’une hostilité politique sans précédent de l’Occident.

Ces vérités devront faire pâlir de honte nos dirigeants qui n’ont même pas été capables de réaliser le dixième de ce qui a été accompli par les autorités iraniennes. L’Algérie, pays qui jouit d’une situation géographique nettement plus avantageuse et de relations diplomatiques beaucoup plus sereines avec la communauté internationale, n’arrive même pas à fabriquer ne serait-ce qu’un vulgaire clou !

Au moment où le pétrole a permis à l’Iran de financer sa sécurité et à promouvoir sa diplomatique, l’Algérie a gaspillé ses pétrodollars dans les importations de nourriture, d’équipements, de textiles, de poudre de lait et…de pomme de terre. Le contraste entre les deux pays est tout simplement époustouflant. L’Algérie en paix n’arrive même pas à s’offrir des logements avec sa propre main-d’œuvre. L’Iran en guerre exporte des projets de développement à l’étranger.  L’Algérie en paix continue à importer toutes les armes possibles et imaginables. L’Iran en guerre exporte des armes, dérange les grandes puissances et s’apprête à s’imposer comme une puissance nucléaire.

C’est donc un profond fossé qui sépare notre pays de l’Iran. Un fossé creusé par la « sellalistion » de notre régime. Un régime qui préfère reconduire un Abdelaziz Bouteflika impotent que de se rénover pour relever les défis de la modernité. Un fossé creusé par le manque de sérieux affligeant et l’incompétence maladive de notre élite dirigeante. Au moment où l’Algérie est gérée à coup de « sellaleries », ces extravagances et approximations linguistiques de notre Premier ministre, l’Iran a mis le cap sur la réforme.  Les élections présidentielles iraniennes du 14 juin 2013 se sont déroulées selon les standards internationaux et ont accouché d’un résultat surprenant: Hassan Rohani, un religieux tolérant et ouvert sur le reste du monde,  est devenu le onzième président de la République islamique. Un président en bonne santé, déterminé, sérieux et engagé. Un dirigeant qui ne voit pas de contradiction entre la stabilité, la sécurité nationale et les réformes politiques et économiques. Rohani a fait naître un grand espoir en Iran. Et cet espoir commence à se concrétiser. Les Etats-Unis et l’Europe signent un accord avec l’Iran qui va conduire à une levée des sanctions. De nouveaux horizons de développement grâce à la promotion d’une véritable culture citoyenne, commencée à l’époque du président Mohamed Khatami, un autre réformiste. Et pendant ce temps, l’Algérie s’enfonce dans la médiocrité, la dépendance économique et le culte du pouvoir unique et indivisible. Le « sellalisme » nous coûte cher. Le réformisme iranien, lui, prouve qu’il est totalement possible de changer un pays…