Le premier secrétaire du Front des Forces Socialistes (FFS), Mohamed Nebbou, a annoncé ce lundi le report sine die de la conférence du consensus national, prévue initiallement les 23 et 24 février prochains. Malgré tout, le numéro un du plus vieux parti de l’opposition ne veut pas parler d’échec et soutient que la phase de préparation de ce rendez-vous politique se poursuit.
La nouvelle était pressentie depuis plusieurs semaines, elle a été officialisée ce lundi 16 février. 24H après sa rencontre avec le parti politique dirigé par le ministre du Commerce Amara Benyounes, le MPA, et cinq jours après son échange avec le TAJ du ministre du Transport Amar Ghoul, le Front des Forces Socialistes (FFS) a annoncé ce lundi matin le report sine die de la conférence du consensus national, qui devait se tenir les 23 et 24 février. « Après examen de la situation actuelle, nous avons estimé que la conférence doit être reportée à une date ultérieure », a déclaré Mohamed Nebbou, invité du Forum du quotidien « Liberté ».
Première raison évoquée, la conférence est victime de son succès. Les demandes de participation à cette conférence se font « chaque jour de plus nombreuses remettant en cause les délais de préparation et la proposition date de la conférence pour les 23 et 24 février », a expliqué Mohamed Nebbou.
L’initiative du FFS torpillée par les partis satellites du pouvoir
Elle est surtout victime des « réserves » émises par les partis politiques satellites du pouvoir. Ils « expriment certaines divergences de point de vue quant à l’architecture et à la préparation de cette conférence ou demandent des compléments d’information où des clarifications supplémentaires », a minimisé le cadre du FFS, qui a accusé, dans le même temps, les médias d’avoir « abusivement présenté cela comme des préalables à la participation ».
Comment comprendre autrement les prises de positions des factions politiques proches de la présidence ? Dimanche, le patron du MPA, à l’issue de plusieurs heures de discussions avec les membres du FFS, a conditionné la participation de son mouvement à la conférence du consensus national à la non-remise en cause de la légitimité des institutions et la non-participation des ex-cadres du FIS dissous, exclu de le scène politique algérienne depuis l’entrée en vigueur de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Le MPA a ainsi emboîté le pas au TAJ et au FLN, qui avaient été les premiers partis politiques affiliés au pouvoir à avoir tracé des lignes rouges à cette conférence, vidant de sa substance politique l’initiative du FFS.
Suite à la défection d’une grande partie des forces de l’opposition, conglomérée dans la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratiques (CNLTD), et celle du RND et avec la participation conditionnée et hypothétique des factions politiques proches du pouvoir, qui ne reconnaissent même pas l’existence de la crise politico-économique décrite par le FFS dans son appel à participer à une conférence nationale, difficile de croire encore à la tenue effective de ce rendez-vous. Mais bien qu’il se trouve englué dans une impasse, le parti d’opposition fondé par Hocine Aït Ahmed en 1963 continue de défendre son entreprise. Obtus ou naïvement optimiste, Mohamed Nebbou a ainsi refusé de parler d’échec, se raccrochant à un mince espoir : « À ce jour, aucun acteur consulté n’a exprimé un refus officiel de participer à cette conférence ». Il a ajouté : « On a jamais arrêté de date, on a juste fait une proposition, celle du 24 février. La date sera arrêtée conjointement avec tous les partis adhérents à la conférence. Ça prendra le temps qu’il faudra ». Et de renchérir : « Nous sommes toujours dans la méthode. C’est une démarche collective et consensuelle. On savait que la mission était complexe ».
Le FFS, qui dit ne pas regretter s’être lancé dans l’organisation d’un tel rendez-vous politique, veut « persévérer dans sa démarche », considérée, en son sein, comme la « seule issue dans l’intérêt suprême de la nation ». Le parti dirigé par Mohamed Nebbou, qui s’est déjà entretenu avec une soixantaine de groupes politiques, de divers bords, et de personnalités issues du monde politique et universitaire depuis octobre 2014, ne compte pas arrêter les tractations pour convaincre le plus grand nombre d’acteurs de participer à la conférence. Il a ainsi prévu cette semaine de rencontrer plusieurs représentants du milieu associatif et de la société civile, jusque-là marginalisés.
La main tendue vers le pouvoir … et le FIS ?
Quid de la CNLTD et du FIS dissous ? Le FFS va-t-il tendre à nouveau la main à ce conglomérat de forces politiques de l’opposition, qui a déjà exprimé un refus catégorique, estimant que l’initiative des Forces Socialistes torpille leur propre démarche ? Mohamed Nebbou va-t-il inviter à la table des discussions le FIS, le parti bouté de la scène politique algérienne ? « Notre initiative n’est ni pour, ni contre un parti. Les portes restent ouvertes à tout le monde », a botté en touche Mohamed Nebbou, avant de nuancer ses propos : « On est des légalistes, il n’y aura pas d’exclusion mais cela se fera dans le cadre du respect de la loi ».
Une chose est sûre, le FFS continue de draguer le pouvoir en place. Interrogé à plusieurs reprises sur la reconnaissance ou non de la légitimité du système, le premier secrétaire du plus ancien parti d’opposition du pays s’est contenté d’une réponse plus qu’évasive : « Ça n’a aucun sens de parler de la légitimité des institutions aujourd’hui […] Notre initiative se projette au-delà des mandats de toutes les institutions actuelles ». En plus de ne pas remettre directement en cause la légitimité du 4è mandat du Président Bouteflika, le FFS ne cache pas avoir entamé un dialogue avec les représentants directs du pouvoir, dans le cadre de l’organisation de la conférence du consensus national. Mohamed Nebbou a ainsi expliqué avoir profité de son entrevue avec le ministre d’Etat chargé de la présidence Ahmed Ouyahia sur la question de la révision constitutionnelle pour glisser un mot sur la tenue de la conférence. Le FFS dit vouloir poursuivre dans ce sens. « On va tout faire pour rencontrer le pouvoir. On est convaincu que sans le pouvoir, la conférence ne réussira pas », a lâché le premier secrétaire du parti.
Les consultations continuent donc, sans objectif et sans vision réelle. La question reste donc entière : l’initiative du FFS a-t-elle encore une chance de ne pas échouer ? Les prochains jours s’annoncent vitaux pour la survie de ce projet … voire même du parti de Hocine Aït Ahmed.