Algérie : « Nous sommes plus à même de juger la situation des droits de l’homme dans notre pays »

Redaction

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Visiblement mis mal à l’aise par le rapport du Département d’Etat américain sur la situation des Droits de l’Homme en Algérie, Ramtane Lamamra a tenu à «clarifier » les choses.

«Nous considérons que nous sommes plus à même de juger la situation des droits de l’homme dans notre pays que quiconque », a indiqué le ministre des Affaires étrangères à partir de Genève où il assiste à la réunion de la commission des Droits de l’Homme des Nations Unies. Il a ajouté que « nous sommes plus à même que quiconque d’avoir des points de repères, d’avoir également des mesures d’appréciation des évolutions de la situation des droits de l’homme de notre pays et, également, de mettre à nu nos propres imperfections et nos propres faiblesses dans un esprit constructif», selon les propos rapportés par plusieurs médias.

Ramtane Lamamra a indiqué que « les exercices auxquels peuvent se livrer les organisations internationales spécialisées, les exercices des ONG et l’exercice que mène traditionnellement le département d’Etat américain à ces questions constituent tout au plus des appoints à notre propre introspection».

Pour le ministre des Affaires étrangères, «la protection et la promotion des droits de l’homme chez nous, est une valeur de la nation algérienne ». « Ce n’est pas quelque chose que nous faisons parce que cela est à la mode. C’est quelque chose que nous faisons parce que c’est inhérent aux valeurs du peuple algérien, et cela fait partie intégrante des engagements du programme du président de la République, et partie intégrante des consensus de la société algérienne », a-t-il indiqué.

Que dit le rapport du Département d’Etat américain ?

Ce document, long de 31 pages, rendu public par le Département d’Etat américain et transmis par John Kerry au Congrès des Etats-Unis, dresse un tableau inquiétant de la situation des Droits de l’Homme en Algérie en 2013. Dans la troisième section du rapport, les auteurs pointent du doigt l’impossibilité pour les citoyens algériens de « changer de gouvernement ». Une accusation grave en ces temps d’élection présidentielle. Ils écrivent : « Si la Constitution prévoit pour les citoyens algériens le droit de pouvoir changer leur gouvernement pacifiquement, il y a des limites significatives à cet exercice ». Dans la deuxième section, les rédacteurs reviennent sur les questions relatives aux libertés civiles, notamment sur les restrictions en matière de liberté d’expression. « Les individus ne peuvent critiquer le gouvernement publiquement », peut-on lire dans ce rapport. Et plus loin : « des citoyens ont été arrêtés et détenus pour l’avoir fait« . Le Département d’Etat américain précise également qu’un citoyen algérien peut être emprisonné trois ans pour la distribution de tracts, selon le code pénal en vigueur dans le pays. Le ministère américain évoque aussi des procès inéquitables et des détentions arbitraires, justifiés par les autorités algériennes par sa lutte antiterroriste. Or, pour le cabinet de John Kerry cette lutte antiterroriste se fait souvent aux dépends « des adversaires » politiques du régime.

Hasard du calendrier, cette visite de Lamamra à Genève intervient à un moment où les Droits de l’Homme ne sont pas la première vertu des autorités algériennes. « Les arrestations de manifestants pacifiques auxquelles on assiste en Algérie depuis le début du mois de mars montrent que les autorités ne tolèrent pas que l’on puisse oser réclamer des réformes et s’opposer à la décision du président de briguer un quatrième mandat à la tête de l’État », constate l’ONG Amnesty International dans un communiqué rendu public ce mercredi. Un exercice difficile pour un Etat qui s’apprête à imposer un Président vieillissant et malade à la tête du pays.

Essaïd Wakli/agences

 

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