Un des initiateurs du rassemblement contre l’exploitation du gaz de schiste, empêché hier samedi à Alger, Aziz Hamdi a été embarqué, lui aussi, par la Police. Dans cet entretien à Algérie Focus, il revient sur les circonstances de l’avortement du sit-in par les forces de l’ordre et livre son analyse en faisant le parallèle avec la marche des salafistes, tolérée la veille.
AF: Vous avez tenté de tenir un rassemblement hier samedi à Alger-centre pour manifester votre solidarité aux citoyens du sud du pays qui se sont fortement mobilisés contre l’exploitation du gaz de Schiste. Mais votre sit-in a été avorté par les forces de l’ordre. Racontez-nous d’abord dans quelles circonstances la Police vous a interpelé.
Aziz Hamdi: Quand je suis arrivé au lieu du rassemblement (Jardin Khemisti jouxtant la Grande Poste d’Alger), j’ai vu une présence policière impressionnante. Quelques secondes après, la Police a entamé sa besogne en procédant à l’arrestation de tout le monde. On peut dire que le rassemblement n’a pas dépassé deux minutes. Quant à moi, je n’ai même pas eu le temps d’ouvrir ma gueule. J’ai été chassé par deux policiers. Ils m’ont arrêté et je n’ai pas tenté de résister parce que je sais que cela ne sert à rien. Malgré cela, ils ont été violent à mon égard. J’affirme donc, une fois de plus, que les militants sont tous connus de la Police, car ils ont tous été ciblés.
Qu’avez-vous ressenti lorsque vous vous êtes retrouvé dans un fourgon de Police alors que vous vouliez uniquement dire non pacifiquement à l’exploitation irréfléchie d’une richesse nationale ?
J’ai eu le même sentiment que lors de mes précédentes arrestations par cette force bleue. C’est-à-dire, un sentiment de haine et un excès d’énergie que je n’arrivais pas à dégager, car j’étais prisonnier. Dans de pareilles circonstances, on ne sait pas ce qui est en train de se passer dehors. On se demande si d’autres manifestants ont été arrêtés ou si on est le seul. On se demande aussi si la manifestation s’est poursuivie. Un tas de questions nous taraudent l’esprit. Parfois, on éprouve du regret quand on pense que l’action a échoué.
Pourquoi, selon vous, le régime vous a réprimé rapidement alors que la veille, vendredi, il a toléré une marche spontanée d’islamistes?
Le régime n’a pas toléré la manifestation de vendredi, il a été dépassé par les événements. Et, comme vous venez de le dire, c’était une manifestation spontanée. Donc, à un moment donné, elle est devenue incontrôlable et les forces de l’ordre ont juste bouclé le siège de l’APN pour le protéger. D’autre part, la manif a été préparée dans les mosquées et ont sait bien ce que cela signifie sur le plan émotionnel. De ce point de vue, les manifestants peuvent faire n’importe quoi. Je pense que, cette fois-ci, la police a eu peur de provoquer les manifestants. Ce qui prouve la faiblesse des forces de l’ordre face à de telles situations. En revanche, pour notre cas, nous avons été beaucoup moins nombreux. A mon avis, ce sont peut-être même les slogans extrémistes qui font plus peur au régime.
Croyez-vous finalement que le nord du pays pourra se mobiliser comme le sud pour faire barrage à ce projet d’exploitation du gaz de schiste ?
A ce sujet, je pense qu’il est encore tôt pour pouvoir répondre à cette question. Car, le sit-in d’hier contre l exploitation du gaz de schiste n’est pas le premier du genre sur Alger, mais, au risque de me tromper, il s’agit du troisième durant ces deux dernières années. Alors, je ne peux, à ce propos, qu’espérer que cette action serve d’élément déclencheur pour d’autres actions similaires à travers d’autres wilayas, ne serait-ce que pour faire sentir à nos frères qui se battent dans le sud notre attachement à leur cause et leur faire oublier leur isolement.