Après plus de 50 ans d’hésitation, la guerre d’Algérie a finalement une date en France. Le parlement français a adopté, jeudi, une motion faisant du 19 mars 1962 la journée de souvenir pour « les victimes de la Guerre d’Algérie ».
En deux courts articles, la loi institue chaque 19 mars une journée du souvenir « à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». La décision n’a pas fait consensus. La majorité de gauche au Sénat a voté pour, tandis que la droite, avec toutes ses composantes, s’est prononcée contre une telle date.
Les sénateurs de l’UMP (opposition) estiment en effet qu’une telle reconnaissance signifie, notamment pour les plus extrémistes d’entre eux, la défaite de la France. Pis, aux requêtes de certaines associations d’anciens militaires engagés en Algérie, les responsables de droite, qui considèrent cette date comme un souvenir de « défaite », répondent par le rejet systématique.
Les sénateurs de droite accusent même François Hollande de vouloir utiliser cette adoption comme un atout lors de sa prochaine visite en Algérie. « Le président de la République se rendra le mois prochain en Algérie, il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte qu’il en brusque l’examen », a affirmé ainsi Joëlle Garriaud-Maylam, citée par l’AFP.
Ce qui fait plutôt mal à la droite dans cette nouvelle loi est la non désignation des harkis et militaires français. Car, en rendant hommage « aux victimes de la guerre d’Algérie », la gauche n’exclut donc aucune partie, y compris les victimes algériennes.
Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les organisations d’anciens harkis et d’anciens militaires rejettent cette loi. Selon le journal français le Figaro, L’Union nationale des combattants (UNC), qui se veut apolitique, et trente autres associations – elles compteraient 1 200 000 adhérents au total – voient dans le choix du 19 mars un «risque grave de division profonde entre Français».
A rappeler que face à la polémique, l’ancien chef de l’Etat français, Jacques Chirac, avait choisi une date neutre, le 5 décembre, pour rendre hommage aux « soldats morts au combat en Algérie ». Comme les autres dirigeants, il voulait à tout prix occulter cette date du 19 mars 1962, date de cessez-le-feu, considérée en Algérie comme « journée de la victoire ».
Essaïd Wakli