Actualité nationale oblige, la question de l’exploration du gaz de schiste en Algérie a dominé, ce mercredi 4 mars, les débats au Salon international des fournisseurs et produits pétroliers et gaziers, qui prend ses quartiers jusqu’au 6 mars à l’hôtel Hilton d’Alger.
« Le gaz de schiste en Algérie, ce n’est pas pour maintenant ». La réponse a le mérite d’être claire. Professeur en thermodynamique à l’Ecole Polytechnique d’Alger, Chems Eddine Chitour, qui a fait part à de nombreuses reprises à la presse de ses craintes quant au projet d’exploration du potentiel du pays en gaz de schiste, mené actuellement par Sonatrach et l’Américain Halliburton, à une trentaine de kilomètres seulement de la ville d’In Salah, souhaite « l’arrêt immédiat des forages » des trois puits-pilotes. « Un principe de précaution doit primer sachant que les puits-tests forés sont situés à environs 35 kilomètres de la ville d’In Salah seulement », a-t-il préconisé lors de son allocution. Et d’ajouter : « Il faut apaiser la situation sur place, dans un premier temps, et consulter ensuite la société algérienne sur la question du gaz de schiste« . En cela, l’intervention de cet éminent expert algérien rejoint les revendications formulées par le mouvement populaire écologique d’In Salah, qui campe sur la place Soumoud (place de la résistance) depuis plus de 60 jours.
Précipitation
À l’instar de nombreux autres consultants algériens spécialisés dans le domaine énergétique, Chems Eddine Chitour ne s’oppose pas de façon catégorique à la mise en valeur de cette ressource non-conventionnelle. Il dénonce la précipitation des autorités algériennes et de Sonatrach, soulignant le fait que les technologiques utilisées pour l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste sont encore peu développées. Dans le monde, seuls les laboratoires de recherches américains ont réellement investi dans le développement technologique dans ce domaine, avance-t-il. « L’Algérie doit arrêter immédiatement ces forages mais ne pas abandonner pour autant ce projet », dit-il à Algérie-Focus. « L’Algérie doit rester en veille technologique et observer les avancées en la matière. Il n’y a pas que la fracturation hydraulique, d’autres méthodes, moins polluantes et plus rentables, existent et sont en train d’être mieux maîtrisées. Par exemple la fracturation pneumatique, qui ne requiert ni eau ni produits chimiques. On les remplace par un gaz chaud, par exemple l’hélium, pour perforer la roche », explique le professeur de Polytechnique, « or il se trouve que l’Algérie a d’importantes réserves en hélium ». L’Algérie est effectivement le deuxième exportateur d’hélium au monde.
« La vraie richesse du Sahara, c’est l’eau ! »
Plus favorable aux forages entrepris dans la région d’In Salah, Djamel Eddine Bekkouche, ex-directeur de l’exploration de Sonatrach, intervenant, ce mercredi, sur l’évaluation du potentiel de l’Algérie en ressources conventionnelles et non-conventionnelles, a, lui aussi, expliqué que l’exploitation du gaz de schiste n’est pas d’actualité. « On en est encore loin ! Nous en sommes actuellement au stade préliminaire de l’exploration puisqu’un seul puits-pilote, pour le moment, a été foré. Or il faudrait en forer au moins une dizaine pour évaluer avec précision le potentiel de l’Algérie », soutient cet ex-cadre de la Sonatrach, invitant son ancien employeur à aller au-delà des estimations des États-Unis. D’après les estimations de l’Agence américaine d’information sur l’énergie, l’Algérie dispose des troisièmes plus importantes réserves de gaz de schiste au monde. « Pour l’heure, l’Algérie n’a pas de gaz de schiste. Ce n’est que de la spéculation. Pour savoir, il faut forer », affirme-t-il. « Etant donné que la phase d’exploration dure généralement une dizaine d’années et la phase de production rentable une cinquantaine, si on veut pouvoir exploiter de façon rentable notre gaz de schiste en 2050, c’est maintenant qu’il faut commencer à forer », indique-t-il.
Le forage recourant à la fracturation hydraulique est toutefois une méthode largement décriée par les habitants d’In Salah ainsi que les experts nationaux et internationaux à cause, selon eux, de son impact écologique et sanitaire néfaste. Le professeur Chitour estime ainsi que les forages-tests à In Salah, avec la technologie disponible actuellement, ne peuvent que nuire à la « vraie richesse du Sahara : l’eau ! ». Et d’affirmer : « Le Sahara algérien a autant d’eau que la Californie. Il ne faut pas croire que la Sahara est un désert dont la richesse est le pétrole. Il y a tout un écosystème à préserver. »