« Je considère qu’il s’agit d’un dérapage très dangereux dans un contexte général dans lequel l’Algérie est en train de défendre un islam dans sa valeur absolue, un islam qu’on veut ternir l’image et qualifier de terrorisme », a déclaré le ministre des affaires religieuses et des wakfs, Mohamed Aïssa, en réaction à l’appel au meurtre lancé par le prédicateur salafiste Abdelfatah Hamdache Zeraoui à l’encontre de l’écrivain et journaliste Kamel Daoud.
Jusque-là, la réaction du ministre semble logique et juste. Cependant, Mohamed Aïssa, cité par l’APS, est allé encore plus loin. Mais pas à l’encontre du bigot salafiste. Il semble vouloir trouver des circonstances atténuantes à celui-ci en enfonçant davantage l’auteur de Meursault, contre-enquête. « Kamel Daoud a le droit de se défendre, mais je dois dire aussi que nous sommes en train de perdre un des enfants d’Algérie qui est en train d’être récupéré par un lobby sioniste international hostile à l’islam et à l’algérianité. C’est Bernard Henri Levy qui intervient pour récupérer un Algérien qu’on pourrait contenir dans la famille algérienne et qu’on pourrait assister et accompagner », a déploré ainsi le ministre des Affaires religieuses qui ne va pas manquer de défrayer la chronique à travers cette étrange sortie médiatique.
Dans le fond, le chef d’inculpation retenu contre Kamel Daoud, aussi bien par le barbu salafiste que par le ministre des affaires religieuses, est pratiquement le même. Le jeune écrivain qui vient d’entrer dans l’universalité est accusé tant par le vigile islamiste que par le gardien de la morale religieuse accrédité de faire partie des ennemis de l’Islam. Donc un apostat qu’il serait légitime d’abattre. La seule différence entre les deux exégètes, un « autoproclamé » et l’autre agréé, consiste en le fait que le premier appelle à l’application de la sentence immédiatement, tandis que le second accorde une chance de repentance au présumé renégat. Aux yeux du ministre des Affaires religieuses, Daoud « a besoin d’être interpellé à respecter les règles fondamentales de l’écriture au nom de l’Algérie et de respecter le sacré ». D’après lui, l’écrivain blasphémateur « a besoin d’Enassiha (conseils) et non d’un appel au meurtre ».
La réaction de Mohamed Aïssa est d’autant plus suspecte que le ministre voit en le « dérapage très dangereux » du mufti autoproclamé une menace qui « dérange et parasite un peu la politique nationale qui est arrivée par la réconciliation nationale (…)« . Une « réconciliation » qui accorde l’impunité à Hamadache et ses acolytes. A se demander, d’ailleurs, si Mohamed Aïssa ne se serait-il pas senti obligé de réagir car il soupçonnait l’appel au meurtre de Hamadache de parasiter « un peu » la politique de réconciliation nationale plutôt que d’y percevoir un danger réel sur la vie d’un enfant prodige de l’Algérie.