Mohamed Boudiaf, 21 ans après le mystère persiste…

Redaction

L’assassinat du Président Mohamed Boudiaf, un certain 29 juin 1992 reste une tâche noire et indélébile dans l’histoire de l’Algérie contemporaine. 21 ans après, on en est toujours à la thèse de l’«acte isolé» commis par Lembarek Boumaarafi, un agent des services qui est toujours en prison.

Une thèse à laquelle ne croit pas vraiment grand monde, notamment le fils de celui qui est arrivé au pourvoir six mois plutôt en plein crise politique provoqué par l’arrêt du processus électoral ayant donné la majorité au parti islamiste de Abassi Madani et Ali Belhadj, le FIS. Aujourd’hui, en cette journée du 29 juin, la classe politique algérienne donne l’air de ne pas trop accorder d’importance à cet événement. On en parle peu et, hormis ses proches et quelques rares formations politiques à l’image du MDS (Mouvement démocratique et social) empêché aujourd’hui de commémorer la mort de Boudiaf, peu de personnalités politiques font de la vérité sur l’assassinat du Président une priorité.

Pourtant, les faits sont d’une rare violence : Un chef de l’Etat, «liquidé» par un de ses gardes, en direct à la télévision. «Parmi les premiers responsables du pays au moment de l’acte isolé, certains ne sont plus de ce monde et d’autres attendent leur tour pour partir, avec comme repère de l’histoire, qu’ils étaient là où ils ont permis d’abattre un homme derrière le dos, par manque de courage de venir le voir en face», a déclaré son fils, Nacer, dans une contribution publié aujourd’hui dans El Watan.

«Le faire venir de son paisible exil, puis l’assassiner comme ils l’ont fait, est la manifestation et la preuve les plus tangibles de leur manque de bon sens», a-t-il ajouté. Si «les gens du pouvoir» refusent d’aller au delà de cette thèse de l’ «acte isolé» et font tous pour que les citoyens oublient cette date du 29 juin, et par extension, Mohamed Boudiaf, c’est parce que les vérités et le massage du Président assassiné les dérangent. C’est Boudiaf qui avait évoqué, pour la première fois, la «mafia politico-financière». C’est lui aussi l’auteur du fameux slogan «l’Algérie avant tous». C’est lui aussi qui a dit «la religion est pour Dieu et le pays pour tous». Des phrases éparses, lancés en des occasions diverses, qui renvoient à un projet de société novateur et moderniste. Une orientation qui n’a pas plu, apparemment, à plus d’un. Sinon, il n »’y aurait pas toutes ces défaillances dans le système mis en place pour la sécurité du Chef de l’Etat.

Que reste-il de tous ces messages 21 ans après ? C’est dans l’optique de remettre sur la table le projet de Mohamed Boudiaf, «et à la demande de milliers d’Algériens, de tous âges, toutes conditions sociales», que son fils, Nacer, propose «à ceux qui partagent les idées de Boudiaf, de reprendre le Rassemblement patriotique national, de réactualiser sa plateforme et de la proposer à la concurrence politique, loyale, sans haine et sans revanche, dans la perspective de répondre aux attentes de la jeunesse, de l’injustice, de la hogra et de tous les maux dans lesquels s’est retrouvé le peuple ces dernières années». Avec les changements que vivent plusieurs nations, arabes et africaines il est clair que le système politique algérien est forcé de d’aller de l’avant. Résister à ces changements, c’est condamner le pays à continuer à évoluer au gré des crises interminables. La vérité autour de l’assassinat de Mohamed Boudiaf ne sera probablement connue que dans un système politique réellement démocratique. Nacer a compris que c’est seulement en militant pour la concrétisation du projet de société de son père que les commanditaires de ce crime pourront être démasqués.

Elyas Nour