Entretien presque (imaginaire) avec Yasmina Khadra

Redaction

C’est au café de Flore que l’écrivain-candidat nous accorde un entretien pour évoquer sa motivation et son programme pour les prochaines présidentielles. Je ne sais comment m’adresser à lui. L’appeler Monsieur Yasmina laisse entendre que l’écrivain a fait un séjour médical au Brésil, ce que je ne crois pas. Alors j’opte pour Khadra qui sans être son nom d’état civil, est le reflet de sa notoriété internationale.

Moi : Monsieur Khadra, l’annonce de votre candidature est surprenante, vous penser sincèrement avoir l’étoffe d’un président ou bien vous faites le « buzz » pour le grand bonheur de votre éditeur, « Juillard » ?

Lui : Je suis sérieux et déterminé. En tant qu’ancien militaire et écrivain à la renommée planétaire, je peux réconcilier « la baïonnette et la plume ». Ma démarche n’a rien de surprenant, la Tchécoslovaquie a eu en la personne de Vaclav Havel, un président-philosophe. Et pourquoi pas un président-écrivain pour l’Algérie ?

Moi : Vaclav Havel a eu une longue histoire d’opposant au communisme, il a passé cinq ans en prison, alors que vous, ancien officier supérieur et directeur du Centre Culturel Algérien à Paris, depuis une dizaine d’années, vous êtes partie intégrante du système politique. Comment comptez-vous crédibiliser votre candidature comme alternative réaliste ?

Lui :  Mon confortable salaire et mes droits d’auteur ont été mes seuls revenus légaux, je suis riche avant d’être président. Souvent c’est l’inverse. Voilà l’originalité de mon profil.

Moi : Comment avez-vous pensez être candidat ?

Lui : Le déclic, c’est quand j’ai vu qu’Amar Saidani est devenu secrétaire général du FLN que j’ai compris que la photogénie pouvait être découplée de la politique. Aussi, Saidani a un passé d’artiste, alors pourquoi pas moi ?

Moi : Pourquoi avez-vous qualifié le C.C.A de vulgaire centre culturel, après avoir annoncé votre candidature ?

Lui : Ceci est la preuve que j’ai un franc parlé et que je ne fais pas de la démagogie. Aussi, ce centre culturel est situé dans un arrondissement à deux chiffres, le Quinzième, loin de Saint-Germain-des-près, loin du Flore et loin de la Closerie des Lilas. Aucun café ni restaurant chic étaient mitoyens du CCA.

Moi : Sans aucune expérience politique ni managériale, comment comptez-vous convaincre ?

Lui : Comme romancier d’envergure internationale, je suis capable d’imaginer un bon scénario pour les Algériens. Ils vivront, selon mon récit, dans un pays démocratique, sans connaitre le chômage ni l’injustice. Je compte bien leur raconter une très belle histoire, les faire rêver. Yes I can !!

Moi : L’imagination ne suffit pas, il faut des faits objectifs, quelles sont vos références ?

Lui : Avec « ce que la nuit doit au jour », j’ai écris le « autant en emporte le vent » algérien. D’autres superproductions sont en gestation. Je commencerai par faire l’état des lieux avec mon prochain roman : « Citizen Said » ou alors : « les cerveaux lents d’El Mouradia », (le choix du titre n’est pas définitif), ainsi les Algériens connaîtront, grâce à ma plume la vérité.

Moi : Les mièvreries qui caractérisent vos derniers écrits sont aux antipodes d’une efficace action politique. Concrètement quel est votre programme économico-politique ?

Lui : Grace à mes excellentes relations avec la monarchie de Manama, je ferai venir massivement les investisseurs bahreinis et dynamiser ainsi les industries et le tourisme. Moi, Président, j’importerai massivement tous les livres de la collection Harlequin, avec exonération des taxes douanières, pour permettre aux Algériens de découvrir les bons sentiments et l’espoir. « Happy end » garanti ! Comme j’aurai tant aimé pouvoir nommer  Barbara Cartland à la tête du ministère de la culture !

Moi : C’est vrai, cette grande romancière est morte mais il vous reste le choix entre Mireille Mathieu et Enrico Macias. Bonne campagne Monsieur Khadra.

Naoufel Brahimi El Mili

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