Le président de la République et candidat aux présidentielles d’avril prochain, Abdelaziz Bouteflika, n’a pas hésité à surfer sur la vague des promesses lors de son passage préélectoral à Oran, la semaine dernière: «L’Algérie consacrera 150 milliards de dollars de ressources publiques au développement dans les cinq années à venir tout en continuant à mobiliser le concours des investisseurs nationaux et étrangers», a-t-il promis en faisant le «serment» que la prochaine tripartite (réunion gouvernement-patronat-syndicat UGTA) consacrera une augmentation du salaire national minimum garanti (fixé à 12.000 DA depuis janvier 2007) et des salaires dans le secteur public.
Les travailleurs de la Fonction publique sauront désormais à quoi s’en tenir, eux qui ont organisé plusieurs grèves pour réclamer, mais sans jamais l’obtenir, une revalorisation de leurs salaires : en Algérie, les augmentations ne s’accordent plus qu’à l’approche des élections présidentielles.
Bouteflika s’est également engagé à créer trois millions d’emplois en cinq ans, à construire des milliers d’autres logements, à relancer la production algérienne par les diversification des activités hors hydrocarbures, à aider les entreprises publiques en difficultés, à remettre à niveau des entreprises viables afin de les impliquer davantage dans la réalisation des programmes nationaux de développement… Bref, le prétendant au troisième mandat (candidature rendue possible par la révision de la Constitution en 2007) ne recule devant aucune promesse pour convaincre des Algériens de plus en plus sceptiques à aller voter.
Pourtant, étant donné une réalité algérienne très peu réjouissante, Bouteflika aura du mal à tenir ces engagements : outre une économie qui s’appuie presque exclusivement sur l’exportation des hydrocarbures, les chiffres rendus publics par le Centre national de l’informatique et des statistiques (CNIS) indiquent que l’excédent commercial de l’Algérie n’a atteint qu’un milliard de dollars en janvier de cette année, soit une chute de plus de 72% par rapport à 2008. Ce qui confirme la chute, annoncée dès l’année passée, de la demande et des prix sur le marché des hydrocarbures.
Les exportations hors hydrocarbures ont représenté, au cours de janvier 2009, à peine 2,36% du volume global des exportations, ce qui n’est pas pour surprendre dans un pays qui continue de ne compter que sur l’exportation de ces hydrocarbures pendant que le volume des importations de biens atteint les sommets (40 milliards de dollars en 2008 contre 13 milliards en 2003).
Sur le registre des investissements, Bouteflika a lui-même reconnu que les investissements engagés depuis 1999 n’ont pas eu les retombées attendues sur la croissance économique. L’importation des services est passée de moins de 3 milliards de dollars en 2003 à près de 8 milliards de dollars l’année dernière. «A ce rythme de croissance de nos exportations de capitaux, a-t-il assuré, les revenus des hydrocarbures ne suffiront plus à préserver notre indépendance financière et garantir la continuité de notre développement».
Par ailleurs, il convient de rappeler qu’en dix années, le président algérien n’a pas tenu tous les engagements qu’il avait pris : l’économie est gangrenée par la corruption, le terrorisme n’a pas été totalement vaincu, loin s’en faut, les jeunes algériens continuent de chercher le bonheur sous des cieux plus cléments, les libertés individuelles ont régressé… Selon beaucoup d’observateurs, l’échec de la politique bouteflikienne est évidente à travers quatre axes fondamentaux : la réforme institutionnelle est toujours au point mort, le terrorisme continue de sévir, la corruption est toujours là à tous les niveaux, et le mécontentement social est de plus en plus patent.
Alors, comment Bouteflika compte-t-il réussir en cinq ans là où il a échoué en deux fois plus de temps, avec cet handicap supplémentaire de recettes pétrolières à la baisse ?
Ramdane Ouali