Les réformes en Algérie ne sont pas pour demain. C’est la conclusion à laquelle est arrivée l’analyste Isabelle Werenfels, la responsable du service d’étude sur le moyen orient et l’Afrique du Nord chez la Fondation Carnégie pour la paix, également auteur d’un livre sur l’Algérie.
Observatrice avisée de la vie politique algérienne, Isabelle Werenfels estime que la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un 4è mandat, malgré son état de santé, démontre que le système ne veut pas enclencher un processus de réforme. Si changement il y aura, il sera minime, comme l’introduction d’un poste de vice-président dans la prochaine constitution, assure cette experte de la Fondation Carnégie, dans une longue analysée détaillée de la situation politique actuelle de l’Algérie, publiée jeudi 20 mars sur le site du think tank.
D’abord, l’étude d’Isabelle Werenfels indique que ce quatrième mandat ne fait pas l’unanimité et plusieurs dissensions sont apparues notamment à l’intérieur de l’armée, du FLN, de la famille révolutionnaire et entre les chefs d’entreprises. A cela s’ajoute la coalition disparate du boycott, qui va des laïcs aux islamistes.
Dans ce contexte de fortes divisions politiques, considère Isabelle Werenfels que « quelque soit le vainqueur, il aura du mal à gérer l’après 17 avril puisqu’il fera face à de fortes oppositions ». Ce qui veut dire que « le blocage politique va continuer ».
Hamrouche, l’homme du consensus
Dans son article, elle explique également qu’Abdelaiz Bouteflika s’est décidé à se présenter à sa propre réélection car il est assuré que les « piliers » du système lui resteront fidèle car ceux-là ne voudraient surtout pas prendre de risque en enclenchant un processus de réforme. Ceci explique le peu d’enthousiasme qu’a provoqué l’intervention de l’ancien chef de gouvernement, Mouloud Hamrouche, chez les responsables algériens au pouvoir, avance-t-elle. Ce dernier est pourtant, estime-t-elle, le seul apte à mener des réformes d’autant plus qu’il fait consensus tant chez les démocrates que chez les islamistes ou même l’armée.
Saidani « dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas »
Mais l’élément le plus pertinent qui démontre que les réformes en Algérien ne sont pas pour demain, selon cette étude, est liée à la conviction de beaucoup de responsables politiques algériens, et même de citoyens, que l’armée devra demeurer le pilier du système politique en Algérie. A quelques exceptions près, relève-t-elle, tous les acteurs de la scène politique ont condamné les propos de Amar Saidani, secrétaire général du FLN, lorsqu’il s’est attaqué au général Toufik, patron du DRS, alors qu’il « n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas », considère Isabelle Werenfels. Même Mouloud Hamrouche, un réformateur, déclare qu’il ne pourrait y avoir de changement sans l’armée.
Cette responsable de la Fondation Carnégie évoque enfin le rôle de la jeune génération de hauts officiers de l’armée, qui ont remplacés de plus âgés mis à la retraite par Bouteflika. Elle ne pourrait être une « menace » pour l’actuel locataire d’El Mouradia car, si cela avait été le cas, « Bouteflika ne les aurais jamais nommé à ces postes là », conclut-elle.
Elyas Nour