Affaire du général Hassan, guerre des clans, chute des prix du pétrole/L’Algérie vue par la presse anglo-saxonne

Redaction

Au mois de novembre, la presse internationale anglophone s’est concentrée sur la petite politique politicienne algérienne, avec les problèmes de santé de Bouteflika et l’arrestation du général Hassan. Mais elle s’est aussi focalisée sur des événements moins lassants que les répétitives affaires du pouvoir, notamment avec l’intérêt porté par The Guardian à un festival de métal tenu à Constantine.

Sur le plan économique, dans le Wall Street Journal, on continue de suivre attentivement l’évolution des prix des hydrocarbures. Alors que les pays membres de l’OPEC sont désorientés par la chute du prix du pétrole, et que leurs tentatives d’intervention sur ces prix semblent vains, cela n’empêche pas certains pays producteurs de gaz, à l’instar de l’Algérie, de rêver d’une forme d’ « OPEC » propre aux exportateurs de gaz naturel.

La bataille des clans: armée et DRS

Dans le Middle East Eye,  on évoque l’arrestation et la violente mise en cause d’Abdelkader Ait Ouarabi, dit le général Hassan, et l’article parle évidemment des liens entre Hassan et le général « Toufik », dont il paierait aujourd’hui l’amitié. Le MEE évoque l’affaire Lamari, en 2004, lorsque le général Hassan avait failli perdre son poste lorsqu’il avait lancé une enquête sur une affaire de corruption, qui impliquait un membre de l’armée. A l’époque, cette affaire mettait en exergue les rivalités entre le DRS et les instances militaires. L’article montre, en effet, la lutte qui se jouait entre d’un côté, le staff militaire, derrière Ahmed Gaïd Salah et Bouteflika, et de l’autre, Hassan et le DRS sous les ordres du général Toufik.

Mais l’article est pertinent car il donne la parole à plusieurs générations. Pour certains jeunes officiers, les luttes politiciennes cachent un changement véritablement politique, qui permettrait la modernisation nécessaire du DRS et le remplacement des cadres nécessaire à la survie l’institution sécuritaire. Malgré tout, la presse s’accorde à dire que ces récents événements marquent la victoire du camp présidentiel et du staff militaire sur les élites du DRS.

Comme le montre le New York Times, au-delà de l’enrobage « démocratique » des dernières mises à pied et arrestations, les critiques montrent bien l’entreprise d’élimination de ceux qui pourraient avoir un rôle dans la guerre de succession au trône de Bouteflika. La guerre des clans est au cœur de ces derniers événements.

Culture et oppression de l’Etat

Sur une tonalité plus légère, quoique non moins sérieuse, dans The Guardian, le quotidien britannique, on parle en des termes élogieux du festival de métal qui s’est tenu à Constantine en Novembre dernier. On s’y étonne de l’attraction qu’exerce ce genre musical dans un contexte qui lui est peu favorable, alors que « le gouvernement préfère promouvoir musique et événement traditionnels », et que les médias classiques le taxe de « vénération satanique ».

Le journaliste du Guardian décrit l’émergence d’une scène de métal algérien dans le contexte des années 1990, avec la décennie noire, « alors que les autorités publiques étaient trop occupées à combattre l’extrémisme ». Il évoque un document récent de « El Bilad TV», dans lequel les fans de métal étaient accusés de vénérer le diable en montrant des images de jeunes personnes discutant de magie noire dans un fond rempli d’images de squelettes.

L’article est intéressant car il aborde deux problématiques majeures au sein de nombreuses sociétés du monde arabo-musulman : le rapport de l’Islam à l’art et à la musique en particulier, et les tentatives de contrôle idéologique de la part des Etats pour le souvent autoritaires en matière de mœurs et de manières de vivre. Le documentaire diffusé par « EL Bilad TV» a appelé beaucoup de métalleux algériens à se révolter sur les réseaux sociaux, notamment à travers le slogan : « je suis un fan de métal et je suis musulman ». D’autres artistes ont accusé le gouvernement d’utiliser le contrôle des concerts « pour limiter le nombre de performances, empêcher certains groupes de jouer, et en demander certains de changer leurs paroles ».

Quelle gestion des hydrocarbures ?

Sur le plan économique, et notamment sur l’éternelle question de l’énergie, deux papiers de Benoît Faucon dans le Wall Street Journal éclairent la situation actuelle. L’OPEC et les pays producteurs de pétrole s’inquiètent de l’évolution des prix, et certains documents rédigés par l’organisation semblent indiquer que ceux-ci continueront de rester sous pression tant que l’offre se maintient à un niveau de surabondance. Les débats entre les pays producteurs tournent autour de la nécessaire quantité à produire. Certains pensent qu’une baisse de la production devrait pousser les prix à la hausse alors que les autres évoquent les parts de marché que ceux-ci perdrait face à des compétiteurs occidentaux tels que les Etats-Unis. Les chiffres utilisés, ceux des documents utilisés par l’OPEC illustrent bien cette situation d’abondance qui fait chuter les prix. La production actuelle est de 31.5 million de barils par jour, avec un surplus de production de 1.8 million de barils par jour en 2015, pour 700.000 en 2016 s’ils arrivent à ne pas élever ce niveau de production.

En ce qui concerne le gaz naturel, de nombreux pays, à l’instar du Nigeria et de l’Algérie, espèrent créer un cartel similaire à l’OPEC pour mieux gérer la production et les prix du gaz. Mais l’auteur fait deux remarques importantes. Deux des plus gros exportateurs de gaz naturel ne feraient pas parti de l’organisation, les Etats-Unis et la Russie, et, comme le montre l’autre article du journaliste, les pays membres d’un tel cartel ont toujours eu des difficultés à intervenir sur les prix quand l’offre était trop importante.

Le mois de novembre dernier, la presse anglophone a donc présenté l’Algérie à travers les nombreux changements qui la bouleversent actuellement, entre sinistres manœuvres politiques et vaines tentatives de régulation des prix des hydrocarbures. Sur ces deux plans, l’Etat semble perdre la main, mais l’article du Guardian décrit un secteur, l’art et la culture, où celui-ci peut encore exercer un certain pouvoir, quoique limité et éphémère. Face à l’oppression, certains corps et esprits résistent encore et toujours aux injonctions des institutions prétendues légitimes et il est fort à parier que le sort des batailles de demain se tournera vers les vaincus d’aujourd’hui.

Tarek S.W.