Rami Hamdallah, un universitaire « pragmatique » à la tête du gouvernement palestinien

Redaction

Avec Rami Hamdallah, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a désigné, dimanche 2 juin, un universitaire respecté – mais qui ne lui fera aucune ombre – pour succéder à Salam Fayyad au poste de premier ministre. L’ancien haut fonctionnaire du Fonds monétaire international(FMI), qui avait démissionné le 13 avril, jouissait du soutien de la communauté internationale, notamment des Américains, en raison de sa réputation de compétence et d’intégrité, mais il avait fini par devenir gênant pour M. Abbas en se bâtissant peu à peu une clientèle potentiellement électorale dans les territoires palestiniens occupés.

Né en 1958 à Anabta, près de Tulkarem (nord de la Cisjordanie), M. Hamdallah a fait ses études à l’université de Lancaster, au Royaume-Uni, où il a acquis un doctorat en linguistique appliquée. Président de l’université Al-Najah de Naplouse depuis août 1998, il est également président du conseil d’administration de laBourse palestinienne, et c’est un proche de Munib Al-Masri, le milliardaire palestinien et magnat de la holding d’investissement Padico.

AUCUNE FONCTION POLITIQUE AU SEIN DU FATAH

Décrit comme un homme pragmatique et direct mais au profil un peu effacé, Rami Hamdallah est membre du Fatah, le principal parti de l’Autorité palestinienne – ce que n’était pas M. Fayyad –, et, depuis 2008, du directoire de la Fondation YasserArafat. Il n’a pas de passé de « résistant » (au cours des deux Intifada) et n’a jamais occupé une fonction politique au sein du Fatah. Pour cette raison, il ne sera pas considéré comme une menace par les barons du parti fondateur de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Il dispose cependant d’une bonne expérience de la scène politique palestinienne : secrétaire général de la commission électorale palestinienne depuis 2002, il a à cetitre supervisé l’organisation des élections présidentielle (2005) et parlementaires (2006) palestiniennes, les secondes ayant donné la victoire au Hamas. En revanche, la commission électorale a été écartée des opérations d’inscription sur les listes électorales organisées à Gaza, fin 2012 (en vue d’un nouveau scrutin législatif), par le Mouvement de la résistance islamique, lequel a boycotté les élections municipales qui ont été organisées en octobre en Cisjordanie.

Sa nomination au poste de premier ministre a été saluée par le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, comme une opportunité pour relancer les négociations israélo-palestiniennes, mais elle a été qualifiée d’ » illégale «  par le porte-parole du Hamas, pour qui elle aurait dû faire l’objet de consultations préalables entre le Fatah et le Hamas. Il est donc peu probable que la désignation de M. Hamdallah favorise la tenue d’élections palestiniennes dans un avenir proche, bien qu’il soit chargé par M. Abbas de former un gouvernement transitoire ayant pour tâche principale de préparer les élections présidentielle et législatives, lesquelles sont prévues dans les accords de la réconciliation inter-palestinienne du Caire (mai 2011) et Doha (février 2012).

CLIMAT DE MÉFIANCE ENTRE LE FATAH ET LE HAMAS

Une telle perspective est cependant obérée par le climat de méfiance qui perdure entre les deux formations, et qui se traduit par des arrestations de militants de l’autre parti, tant en Cisjordanie qu’à Gaza. Si Mahmoud Abbas a indiqué à plusieurs reprises qu’il ne se représenterait pas à la présidence de l’OLP, il n’est pas exclu que Salam Fayyad, qui n’a pas l’intention de quitter la scène politique palestinienne, décide de faire fructifier sur le plan électoral le capital politique qu’il a acquis dans les Territoires, par exemple à la tête de sa formation, la Troisième Voie, dont la popularité reste cependant confidentielle.

L’Autorité palestinienne a de nouveau un premier ministre, mais cet évènement n’aura guère d’incidence sur les enjeux en cours, qui tiennent au succès ou à l’échec de l’initiative de paix de John Kerry. En dépit de l’intense activité diplomatique déployée par le secrétaire d’Etat américain, il ne semble pas que celle-ci ait réussi à faire bouger les lignes : les Palestiniens réaffirment qu’ils n’accepteront aucune reprise des négociations si la partie israélienne ne cesse pas les activités de colonisation, ne libère pas les prisonniers palestiniens arrêtés avant les accords d’Oslo de 1993, et si Israël n’accepte pas la référence aux frontières de 1967 comme base territoriale d’un Etat palestinien indépendant.

M. Kerry doit, en principe, proposer un plan économique et politique pour sortir de l’impasse à la mi-juin, alors que les Palestiniens insistent sur la date butoir du 7 juin, laissant entendre qu’au-delà, ils n’auront d’autre alternative que de réactiver leur stratégie visant à profiter de leur statut d’Etat non-membre des Nations unies pour demander leur adhésion à différentes agences de l’ONU, et à la Cour pénale internationale.

Lu sur Le Monde