Chômage, logement, éducation … L’année de la présidentielle connaîtra un embrasement sur le front social, affirme un cabinet de recherche et d’analyse britannique.
Conflits inter-communautaires à Ghardaïa, manifestations quotidiennes pour l’accès à un logement décent à Annaba, émeutes à travers la wilaya d’Alger… Cette fin d’année 2013 est marquée par de nombreuses tensions sociales partout dans le pays. Et ces tensions ne devraient pas s’apaiser en 2014. Car si les prétendants sérieux au poste de Président d’Algérie hésitent encore, à moins de 5 mois de l’élection, à se porter officiellement candidat, le peuple algérien est lui déjà dans la rue.
Le front social algérien sera davantage agité dans les mois à venir, au point de risquer la rupture, estime même la société britannique de recherche et d’analyse Economist Intelligence Unit, dans une étude publiée le 25 décembre. Selon ce centre de recherche, qui publie le très réputé hebdomadaire The Economist, l’Algérie compte parmi les 65 pays les plus exposés à un très haut risque de troubles sociaux en 2014, sur les 150 Etats passés au crible par l’institut. Ses voisins maghrébins, la Tunisie et le Maroc, mais également l’Egypte, le Nigeria, la Grèce et l’Espagne sont logés à la même enseigne. Bien qu’en difficultés financières, pour certains, ces pays ne font pas partie des plus pauvres de la planète. Mais s’ils figurent dans ce classement c’est surtout en raison de la lenteur des réponses gouvernementales aux problèmes socio-économiques, explique le Economist Intelligence Unit. « La baisse des revenus et le chômage élevé ne sont pas toujours suivis de troubles. Il faut la détresse économique soit accompagnée d’autres facteurs de vulnérabilité pour qu’elle devienne un risque élevé d’instabilité », précise l’analyste Laza Kekic. Parmi ces autres facteurs de vulnérabilité, les inégalités de revenus, la mauvaise gouvernance et la corruption.
Trois fléaux, dont l’Algérie n’est pas épargnée. Au contraire, le pays a été classé début décembre parmi les plus corrompus au monde par l’ONG Transparency International. Au regard des réactions des Algériens sur les réseaux sociaux, à l’annonce de l’extradition de Rafik Khalifa vers l’Algérie, très dubitatifs sur le sujet, le combat contre la corruption dans le pays est loin d’être gagné. Il faut dire que les courageux citoyens algériens, qui se mobilisent pour la lutte anti-corruption, reçoivent régulièrement des menaces d’intimidation. Ainsi, plusieurs habitants de la ville de Chlef ont reçu des menaces de mort après avoir évoqué une affaire de trafic de détournement de foncier, a récemment rapporté la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme.
Les pétro-dollars ne suffisent plus
Le Premier ministre Abdelmalek Sellal a beau clamé le contraire et tenir coûte que coûte un discours optimiste, le mythe de l’Algérie éternellement riche s’est effritée cette année. Les exportations d’hydrocarbures, qui ont constitué le matelas financier du pays, sont en chute libre. L’Algérie a réalisé durant les 11 premiers mois de l’année en cours un excédent commercial de 10,22 milliards de dollars (mds usd), contre 20,42 mds durant la même période de 2012. Soit une baisse de 49,95 %. En mai dernier, dans son rapport sur les perspectives économiques de l’Algérie, le Economist Intelligence Unit écrivait déjà que le pays allait faire face à des difficultés économiques et à de « petits déficits budgétaires » entre 2013 et 2017. « Les recettes fiscales du pays seront vulnérables aux variations du prix du pétrole et du gaz », pouvait-on lire dans ce rapport. Or, l’Algérie exporte l’essentiel de ses hydrocarbures vers l’Europe, où la demande est en baisse, et les Etats-Unis, en passe de devenir autosuffisants. Si les recettes pétrolières continuent de s’écrouler, c’est toute la stratégie gouvernementale d’achat de la paix sociale qui s’effondre. Verdict en 2014…