« L’injustice appelle l’injustice ; la violence engendre la violence », disait l’homme de religion français, Jean-Baptiste-Henri Lacordaire. Il ne croyait pas si bien dire. En Algérie, du moins, cette analyse est une expertise à elle-seule. Une formule magique qui résume parfaitement l’ensemble des phénomènes sociaux qui composent notre quotidien. Dans ce magma qu’on appelle volontairement société, la violence est devenue prégnante.
Elle régit, désormais, nos rapports sociaux, détermine notre statut, façonne notre vision du monde et nous protège contre toute menace de raffinement et d’élégance. En Algérie, ces deux traits de caractère ne sont tout simplement pas les bienvenus. Les mœurs dépravées ont détrôné les bonnes manières. La vulgarité et la brutalité ont pris le dessus sur la bonne éducation. Ah, cette dernière évoque à présent un temps que les moins de 20 ans ne pourront jamais connaître. Oui, la bonne éducation est en voie de disparition. En témoigne cette ampleur dramatique de l’incivisme, délinquante et petite, ou grande, criminalité qui gangrène notre société. Les services de sécurité tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps. La Gendarmerie nationale se dit même dépassée par ces fléaux qui défigurent l’Algérie. Et la religion, cette soi-disant valeur refuge, cache-misère, ne suffit plus pour sauver les meubles.
Preuve en est, en plein Ramadhan, plus de 5 282 affaires de crimes et délits ont été commis. Oui, en un seul mois ce chiffre effrayant a été enregistré par des gendarmes ébahis et dont les Kalachnikovs ne font plus peur aux délinquants armés de sabres qui envahissent notre espace public. Ainsi, 176 crimes et délits ont été perpétrés quotidiennement ! Une insécurité rampante portée notamment par des jeunes âgés de 18 à 30 ans. Ces jeunes dont la force de l’âge les prédispose à devenir de braves travailleurs au service du développement de leur pays sont responsables, à eux-seuls, de 51,85% des crimes commis pendant le Ramadhan.
C’est donc l’effritement. 45 agressions par jour ont été recensées par les services de la gendarmerie. 1 342 agressions directes contre les personnes notamment les homicides (44 cas), les CBV (coups et blessures volontaires) (1 118), attentats à la pudeur (50), viols (16) et menaces (114) ont été légion durant le mois sacré. 1 590 hommes et 105 femmes ont été les auteurs de ces agressions. Les chiffres en disent encore long sur cette violence endémique dont souffre l’Algérie. Et pourtant, personne ne fait part de son indignation. La violence s’est banalisée. Elle nourrit les faits-divers. Et ces derniers alimentent les discussions publiques. Aujourd’hui, on rit et on blague sur ces bagarres où le sang coule. Les empoignades qui finissent en assassinats ne bouleversent pas autre mesure. Pour un rien, on peut tuer en Algérie. Pour un téléphone portable, une place de parking, un sac, un kilo de légumes, les faveurs d’une famille, un Tee-Shirt ou des baskets. Peu importe l’objet qui déclenche les convoitises et par la même l’occasion les rixes. Le plus important est de donner un coup de poing, de frapper, faire souffrir, blesser ou tabasser l’autre, cet adversaire.
L’autre est forcément un ennemi. On ne dialogue avec lui, on ne perd de temps à discuter pour trouver un compris. Non, le compromis est inacceptable. Le pardon, la générosité, la compréhension ou le respect n’ont plus lieu d’être. Agressons, frappons et bagarrons-nous. Voilà les trois préceptes d’un Algérien ordinaire. Et la bonne éducation qui faisait naguère la fierté de notre société ? Aux oubliettes. La rue empiète sur le territoire de la famille, les gangs remplacent les parents, les couteaux dictent leur loi. La violence et rien que la violence. C’est la religion de l’heure et la référence absolue. Plus on est agressif, mieux on est intégré à la société. C’est la marque de fabrique de l’Algérie de 2013. Une Algérie en guerre contre elle-même. Les enfants font la guerre à leurs parents et vice-versa. L’imam, l’enseignant, le grand frère, ces gens-là ont disparu quand ils n’ont pas démissionné. Que faire alors ? Redonner à l’éducation ses lettres de noblesse. C’est la seule issue pour sortir de l’ornière. Un peu d’éducation SVP ! Cela fera un grand bien à ce pays désorienté.