Non, le sacrifice de Larbi Ben M’hidi mérite mieux que ça !

Redaction

Dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, Larbi Ben M’hidi, le cerveau de la Révolution algérienne, a été pendu les yeux bandés par ses tortionnaires dans une ferme désaffectée appartenant à un colon extrémiste. Parce qu’il incarnait la résistance du Peuple algérien, sa volonté de s’émanciper du joug colonial et son aspiration à l’Indépendance et la Liberté, le colonisateur a décidé d’exécuter Larbi Ben M’hidi. Mais sans le savoir, ses bourreaux ont fait de lui un éternel héros. Une figure iconoclaste qui a marqué d’un sceau indélébile la lutte du peuple algérien contre la colonisation française. Une lutte qui inspirera des décennies durant de nombreux peuples à travers le monde qui luttaient, eux-aussi, pour leur liberté.

56 ans sont passés depuis la mort de Larbi Ben M’hidi. 56 longues années durant lesquelles l’Algérie a entièrement changé. Que reste-t-il de cette Algérie pour laquelle Larbi Ben M’hidi s’est sacrifié ? Qu’est-il advenu de ce pays pour lequel ce héros a accepté d’être « soumis à ces tortures, pour être sûr que cette chair misérable ne me trahisse pas » ? Force est, malheureusement, de constater que presque aucun idéal révolutionnaire n’est encore d’actualité dans notre chère Algérie où les scandales de la corruption, les violations des libertés publiques, la hogra, le monopole du Pouvoir et les restrictions des droits civils tiennent lieu de lois. Dans son combat qui a précédé son sacrifice,  l’Indépendance rimait avec espérance, joie de vivre, développement et bien-être. Elle rimait aussi avec une société civile épanouie, des autorités légitimes et élues par le peuple, des dirigeants intègres et honnêtes.

Aujourd’hui, à l’heure où il faut rendre hommage au père de la Révolution algérienne et se rappeler de son parcours, il est impossible de ne pas reconnaître que ses valeurs et idéaux s’apparentent à l’utopie tant la situation en Algérie ne cesse de se dégrader sur tous les plans. Les autorités en place qui tiennent notre pays d’une main de fer, interdiction de manifester, impossibilité de juger les responsables des détournements des richesses nationales, héritières pourtant du combat révolutionnaire de Larbi Ben M’hidi et ses compagnons, ont, comme l’indique notre réalité quotidienne, trahi la mémoire de ce héros. Larbi Ben M’hidi s’est-il battu pour un pays où les richesses sont dilapidées et volées ? A-t-il affronté la torture et les humiliations de ses bourreaux pour que l’Algérie devienne, 50 ans plus tard, l’une des dictatures les plus séniles du monde ? Certainement pas. Mais Larbi Ben M’hidi n’était pas dupe. Bien avant sa mort, il nous avait prévenu. Avant d’être pendu, il nous avait délivré des paroles prophétiques puisque dès février 1957, Larbi Ben M’hidi nous avait fait part de sa hantise « de voir se réaliser mon plus cher désir car, lorsque nous serons libres, il se passera des choses terribles. »

Oui, des choses terribles car « on oubliera toutes les souffrances de notre peuple pour se disputer des places; ce sera la lutte pour le pouvoir. Nous sommes en pleine guerre et certains y pensent déjà, des clans se forment », avait-il prédit. Le visionnaire perspicace ne s’est pas trompé de pronostic. Sa prophétie, nous la vivons chaque jour que Dieu fait. Et ses clans qui se sont formés pendant la Guerre d’Indépendance continuent à se battre pour le Pouvoir. Oui, depuis que nous sommes libres, il s’est passé des choses terribles. Et ce ne sont pas quelques cérémonies de fêtes qui ne les feront oublier. Non, le sacrifice Larbi Ben M’hidi mérite beaucoup mieux que ça !