Quarante imams algériens sélectionnés pour aller en France suivent, pour la première fois, une formation en français à l’Institut de lecture coranique d’Alger. Un programme de 15 jours a été mis en place pour que les imams choisis par le ministère des Affaires religieuses et des wakf approfondissent leurs connaissances sur les lois de la République française avant de s’y rendre pour officier dans des mosquées en France.
Cette session de formation, qui est la première du genre en Algérie, fait partie de la «stratégie pour un choix idéal des imams dépêchés, dans un premier temps, à la mosquée de Paris dans le cadre de la coopération entre l’Algérie et la France en coordination avec l’ambassade de France à Alger et l’Institut français des langues», a expliqué Abderrezak Sabkak, le directeur des études juridiques et de la coopération au ministère des Affaires religieuses et des wakf.
L’envoi d’imams algériens en France est une tradition bien ancrée. En 1984, un premier accord a été conclu entre les deux pays afin de faciliter la venue de professeurs d’arabes. Cette convention a également été utilisée pour les imams. Une autre convention a été signée en 2005 pour que l’Algérie apporte son aide aux musulmans de France dans l’exercice de leur culte à travers le détachement d’imams «qualifiés» pour une durée n’excédant pas quatre ans en général. Il y a actuellement 120 imams algériens salariés en France. Ils représentent la deuxième communauté en France, derrière les Turcs qui sont 140 et devant les Marocains qui sont une trentaine.
L’arrivée d’imams étrangers vient combler un manque de candidats locaux. Sur les 1 800 imams en activité en France, seulement 25% sont de nationalité française. Cela est principalement dû à deux facteurs : le faible taux de rémunération (deux tiers des imams ne le sont pas) et le manque de formation. Il n’existe en effet que deux lieux de formation en France. Le premier centre de formation de cadres religieux a été mis en place par l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) en 1993. Il se situe à Château-Chinon (Nièvre). La même année, l’Institut al Ghazali, rattaché à la grande mosquée de Paris, a ouvert ses portes pour former les imams et les aumôniers. Une faculté de théologie musulmane est en projet à Strasbourg. Les imams français restent néanmoins minoritaires car même les étudiants formés dans ces centres n’officient pas nécessairement par la suite. Pour combler ce manque, les imams étrangers sont ainsi régulièrement envoyés en France tout au long de l’année, et ils sont notamment plus nombreux à la période du Ramadan, où l’on observe un afflux important de religieux d’origine algérienne.
L’émergence d’un nombre plus important d’imams français fait en tout cas partie intégrante de la politique française actuelle. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault vient de charger le spécialiste en droit des religions, Francis Messner, de faire un état des lieux de la formation existant en la matière en France, a-t-on appris le 7 mai dans le quotidien Libération. Quant au ministre de l’Intérieur et des cultes, Manuel Valls, il avait déclaré lors de son discours à l’inauguration de la Grande mosquée en septembre : «Je veux des aumôniers français, des imams français formés».