Jour de l’An berbère : Après l’Inquisition, yennayer à l’épreuve du déni identitaire

Redaction

Les Amazighs (Berbères) célèbrent ce lundi 12 janvier 2015 Amenzu n’yennayer 2965, le jour de l’An berbère. Depuis plus de deux millénaires et demi, les autochtones d’Afrique du Nord ont su perpétuer bon an mal an un rituel ancestral. L’unique fête païenne célébrée par une grande partie de la population nord africaine a résisté contre vents et marées à l’inquisition de l’église chrétienne puis celle des califats musulmans après les conquêtes romaines et, plus tard, arabes au Maghreb.

Selon nombre de chercheurs le vocable yennayer correspond au mois de laniarius du calendrier julien, du nom de Jules César qui l’a officialisé en l’an 45 avant Jésus-Christ en remplacement de l’ancien calendrier romain. Mais cette version ne fait pas l’unanimité étant donné l’unité de ce vocable, à quelques légères variations près, chez toute la population de l’Afrique du Nord, y compris chez les Touaregs qui étaient à l’abri de l’influence romaine.

Cela dit, amenzu n yennayer qui correspond au 12 janvier de chaque année grégorienne, fait référence à la conquête du Delta du Nil par le roi berbère Chachnaq (ou Sheshonq) il y a 2956 ans. Ayant détrôné Ramsès II, l’aguellid (roi en tamazight) fut intronisé pharaon et fonda la 22e dynastie qui régna sur l’Egypte antique jusqu’à l’an 715 av. J.-C. environ. A l’occasion de yennayer, les Amazighs célèbrent ainsi le grand exploit de leur lointain aguellid.

Cependant, cette célébration a été de tout temps l’oeuvre des populations, tantôt de manière clandestine, tantôt de manière quasi-clandestine et toujours de manière non officielle. Car, même après l’indépendance des pays du Maghreb, notamment l’Algérie et le Maroc, où une grande partie de la population est à ce jour amazighophone, les Amazighs souffrent toujours d’un déni identitaire. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, la seule fête qui correspond à un grand fait d’armes oeuvre d’un chef autochtone n’y est pas institutionnalisée comme fête officielle. L’on y célèbre  officiellement nombre de fêtes religieuses ou universelles, mais pas yennayer.

L’officialisation d’ennayer en débat

Dans ces deux pays, la quasi-totalité de la population célèbre le jour de l’An amazigh dans un cadre familial et/ou villageois en préparant le festin de yennayer, chaque région selon ses traditions culinaires. Depuis l’avènement de la revendication identitaire, des militants de la cause berbère ont investi les milieux scolaires et universitaires en organisant, notamment dans les universités, des conférences, expositions, galas et autres activités culturelles à l’occasion de yennayer. Très attachés à leur patrimoine identitaire, les citoyens, en particulier dans les régions berbérophones, boudent à l’occasion leur lieu de travail ou d’étude, malgré la non reconnaissance officielle du jour de l’An berbère.

En Algérie, certains partis politiques se définissant « nationalistes » ou « islamistes », dont ceux du gouvernement, réclament, eux-aussi, ces dernières années l’institutionnalisation de yennayer, une revendication ayant été pendant longtemps l’apanage de militants de la cause identitaire berbère et de partis politiques dont les leaders sont issus de Kabylie. Mais le gouvernement y oppose toujours une fin de non-recevoir en se contentant d’initier quelques activités artistiques qui relèvent beaucoup plus du folklore. En dépit de toutes les épreuves, yennayer continue son voyage dans le temps. Sa célébration se transmet de génération en génération formant ainsi une véritable dynastie identitaire chez les Amazighs.

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