Amnesty International demande la « libération immédiate » du blogueur Abdelghani Aloui

Redaction

Abdelghani Aloui, le jeune blogueur de 24 ans arrêté pour avoir partagé des caricatures du président Abdelaziz Bouteflika et du Premier ministre Abdelmalek Sellal, vient de passer son premier Aïd el Kébir en prison.

Triste Aïd el Kébir pour Abdelghani Aloui. Loin des siens, le jeune blogueur algérien a passé cette fête dans la prison de Serkadji à Alger où il est incarcéré depuis le 25 septembre sur la base d’accusation de terrorisme et de diffamation. Les autorités algériennes lui reprochent d’avoir publié sur son compte Facebook des photos-montages et des caricatures du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et du Premier ministre Abdelmalek Sellal.

Le Tlemcenien de 24 ans, poursuivi pour « atteinte à la personne du président de la République et outrage à corps constitués », encourt jusqu’à 10 ans d’emprisonnement s’il est reconnu coupable d' »apologie du terrorisme ». Il risque par ailleurs une amende d’un montant pouvant atteindre 500.000 dinars pour atteinte à la personne du président de la République, selon un communiqué de presse d’Amnesty International rendu publique ce mercredi 16 octobre.

« Réaction excessive »

Dans ce communiqué, Amnesty International prend clairement la défense du blogueur algérien. « Les autorités algériennes semblent essayer d’étouffer les critiques en cette période d’incertitude précédant les élections présidentielles de l’année prochaine. Abdelghani Aloui doit être immédiatement remis en liberté et toutes les poursuites engagées contre lui doivent être abandonnées », a réclamé Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International.  « Les autorités réagissent de manière vraiment excessive à ce qui relève simplement de l’expression légitime. Retenir des chefs d’accusation en relation avec le terrorisme afin d’incarcérer une personne qui a partagé des images sur les réseaux sociaux crée un précédent très dangereux », poursuit-il.

Dans ce document, Amnesty International met en cause les modifications apportées au Code pénal en 2011, qui se sont soldées par un durcissement des peines dans les cas de diffamation. « Les autorités algériennes doivent réviser les lois érigeant la diffamation en infraction pénale et mettre fin au recours à la législation antiterroriste pour sanctionner les critiques non violentes à l’égard de représentants de l’État », a ajouté Philip Luther. De son côté, le rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression a estimé que ce changement législatif a « un effet paralysant sur le droit à la liberté d’expression ».

Abdelghani Aloui sera fixé sur la suite de sa détention cette semaine. Le tribunal d’Alger doit effectivement se prononcer sur la demande de libération déposée par l’avocat du blogueur le 13 octobre.