La repentance de la France à l’égard de l’Algérie est-elle indispensable ?

Redaction

La repentance est-elle vraiment indispensable dans l’histoire de l’Algérie et la France ? Plusieurs chercheurs algériens et français se sont interrogés sur cette notion importante concernant ce passé colonial lors du Colloque «Repentance : nécessité ou alibi ?» organisé par El Watan Weekend et les éditions Barzakh, ce samedi.

Repentance. Ce mot est devenu un objet de discorde, un combat, une politique. Un mot qui a figé l’histoire et les relations algéro-françaises depuis qu’il rentré récemment dans le vocabulaire historique. C’est pourquoi il était important pour les chercheurs Olivier La Cour Grandmaison, Malika Rahal, Abdelmadjid Merdaci de se pencher sur cette question.

Une notion utilisée à mauvais escient

L’historien français Olivier La Cour Grandmaison, a expliqué que «c’est un concept aux dents creuses. Et sous le couvert de qualification objective, ce terme a pour but de disqualifier ceux et celles qui estiment nécessaire de demander aux hautes autorités de l’Etat français de reconnaître les crimes perpétrés sous les IIIe et IVe Républiques», a-t-il analysé.

La chercheure Malika Rahal, a apporté une toute autre analyse. En mêlant l’histoire post-coloniale de l’Algérie avec celle de la colonisation. Pour Malika Rahal cette exigence de repentance est « sans doute pour gérer un passé marqué par la violence, pour remettre les compteurs à zéro et revenir à une situation de justice. Il permet aussi de construire de nouveaux rapports apaisés et la réalisation du deuil de ce passé et retisser le lien entre les morts et les vivants, mais enfin mettre le passé dans le passé pour qu’il ne soit plus pesant et douloureux». Elle est même allée jusqu’à se demander si ce «n’est-ce pas une façon d’occulter la guerre civile qui s’est déroulée en Algérie durant les années 1990 ?»

La repentance «ne sert absolument à rien.

Pour le chercheur et fils d’un combattant nationaliste Ismaïl Sélim Khaznadar, la repentance «ne sert absolument à rien. Parce que la guerre de Libération, qui a été un succès, devrait nous prémunir de nous retourner vers ce passé. Peut-on exiger un repentir collectif de la part des anciennes autorités coloniales ? Non». Pour l’historien, le sens même de la repentance est dévoyé, « la repentance est une démarche religieuse qui ne peut avoir un sens dans l’histoire. Elle ne va pas aider à l’écriture de l’histoire. Tout comme le pardon, la repentance ne sert absolument à rien », a-t-il encore estimé.

La reconnaissance avant l’étape de la repentance

Pour la plupart des historiens, la repentance n’est donc pas indispensable car elle ne résout pas tout, elle n’est pas une fin en soir. La reconnaissance des crimes perpétrés, en revanche, est une étape bien plus importante.

«Il est de notre devoir, en tant que chercheurs mais également en tant que citoyens, d’exiger des autorités françaises qu’elles reconnaissent ce qui a été commis. Et pour reconnaître ces crimes, en France, il faut les identifier en leur donnant un nom, en les situant géographiquement», a estimé Olivier La Cour Grandmaison, pour qui le principal combat historique à mener «est une bataille pour la reconnaissance et elle est en partie gagnée en France au regard du nombre important de débats, de productions de livres, de l’ouverture des archives, du communiqué sur les événements du 17 Octobre 1960 à Paris qui constituent des pas en avant.»