Le Ramadhan de Camille, le journal d’une chrétienne à Alger, J3 « you dont do Ramadan ! »

Redaction

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Jamais deux sans trois. Déjà 3 jours complets de Ramadhan, c’est passé vite finalement. Je m’étais donné trois jours « test », maintenant qu’Alger a changé de visage,  je ne me vois plus arrêter.

Ce soir après le « ftour » dans « ma famille algéroise », nous sommes tous sortis. Pour vivre un bon Ramadhan, une famille est indispensable. Ici, ce sont mes colocataires et mes collègues de travail. Par le fait même que je vive avec eux sans les avoir choisis, que je les côtoie chaque jour, et que j’apprends à les accepter comme ils sont, ils sont devenus comme une famille.

Si le « ftour » semble être un moment familial, l’après « ftour » est un moment qui se passe en société, dans la rue. Des hauteurs d’Alger, nous avons dévalé les escaliers pour aller prendre le thé « de Didouche ». En réalité le comptoir de notre vendeur de prédilection n’est pas installé rue Didouche Mourad. Il se trouve à l’entrée de l’impasse de la petite rue des frères Ahmed perpendiculaire à Didouche, nous apprécions l’endroit pour la simple raison que le vendeur propose un thé à la menthe ni trop sucré, ni trop amer.

Alors que je sirote mon thé tranquillement, un homme me dépasse sur le trottoir, m’interpelle en français d’abord « hé, toi », en anglais ensuite « You don’t do Ramadhan ! » Pas le temps de lui répondre qu’en réalité il se trompe. Il est déjà parti. Peu importe après tout. Cette entrevue me rappelle cette parole d’évangile chez les chrétiens « quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le secret.» Même si cette chronique rend mon jeûne public, pour les gens que je côtoie : mes voisins, les commerçants du quartiers… je reste sans doute « la française qui ne fait pas carême ». Ça ne change rien finalement, qu’ils le sachent n’est pas un critère dans ma décision de jeûner.

Ce soir, la rue est encore plus animée que ces deux derniers jours. C’est la troisième soirée de Ramadhan, on est en plein weekend, il est 22 heures passées. Il y a autant de gens dans la rue qu’à l’heure du déjeuner la semaine dernière. Les terrasses de restaurant de la place Audin sont pleines, des enfants courent sur les pavés. Des familles entières sont sorties. Les deux derniers mois, quand nous marchions dehors une fois le soleil couché, il n’y avait presque personne et surtout aucune femme dans la rue à une heure pareille ! Le Ramadhan semble avoir inversé les horaires : les familles sortent la nuit.

Notre ballade nocturne nous emmène jusqu’à la grande poste, puis le long des arcades du front de mer, jusqu’à l’entrée de la salle El Mouggar. Le premier concert de la saison ramadanesque a lieu ce soir. Nous entrons. Il est presque 23h et le concert commence à peine. Au programme, musique chaâbi et kabyle : Dris Sidali, Nadia Benyoucef et Amar Ourabah. La salle de cinéma est à moitié pleine. Une petite cinquantaine de personnes assistent à cette première représentation. Dans l’allée centrale deux enfants dansent sous le regard attendri des adultes. Entre les chansons, les applaudissements et les youyous se font nombreux.

Nadia Benyoussef, à la salle El Mouggar, le 12 juillet

Le concert s’achève bien après minuit, les familles sont toujours là et les enfants écoutent avec attention. Au sortir de la salle, nous rentrons à pied tranquillement histoire de finir de digérer le « ftour » et de se préparer pour partager le « shour », notre dernier repas avant l’aube. Nous traversons le centre ville d’Alger, les badauds et autres joueurs de dominos sont encore nombreux à la grande poste.

Il y a des signes qui ne trompent pas et les concerts de ce premier weekend en font partie, le Ramadhan a bien investi Alger. Je n’ai pas hâte que ça s’arrête.

Camille J.