Nouria Benghebrit : « le nombre de wilayas dans lesquelles tamazight est enseigné a régressé »

Redaction

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S’il avait une grande place durant la campagne électorale, le tamazight peine désormais à s’imposer dans l’agenda gouvernemental. Doit-on rapidement se charger de ce dossier ? Sans doute car d’après la Ministre de l’Education Nationale l’enseignement de la langue kabyle  est aujourd’hui en recul.

En marge de sa visite à Bouira ce mardi 3 juin, la ministre de l’Éducation nationale, Nouria Benghebrit, a reconnu que l’enseignement du tamazight faisait aujourd’hui face à de « vrais problèmes […] relatifs notamment à sa normalisation et aussi à la demande sociale ». La ministre a ainsi souligné que « le nombre de wilayas dans lesquelles tamazight est enseigné a régressé ».

Il y a quelques semaines, dans un entretien accordé au quotidien El Watan, la ministre se montrait plus enthousiaste quant à l’avenir de la langue kabyle. « Eu égard à son statut aujourd’hui de langue nationale, il faut qu’elle [ndlr la langue amazighe] se positionne », déclarait-elle alors, ajoutant que « pour se positionner, il faut que son enseignement soit obligatoire ». C’est pourquoi Benghebrit proposait de s’atteler enfin à la création d’une académie de tamazight, « fondamentale si on veut avancer dans la normalisation ».

Un projet que la ministre a une nouvelle fois évoqué ce mardi : « il faut peut-être installer une académie pour tamazight, et il faut qu’il y ait des réflexions pour la promouvoir davantage » a-t-elle déclaré. Nouria Benghebrit souhaite également « qu’il y ait une sensibilisation sur ce point important » au niveau national.

La promotion du tamazight, une cause populaire

Cette dernière déclaration peut sembler paradoxale tant le soutien populaire à l’enseignement et l’officialisation de la langue kabyle n’a cessé de s’affirmer au cours des dernières années. La communauté kabyle défend plus que jamais le tamazight  pour qu’il soit défini comme langue officielle par la Constitution, au même titre que l’arabe. Une revendication qui ne semble pas être une priorité pour la présidence algérienne. Si en 2001 la pression de la rue avait obligé le Président Bouteflika à faire du tamazight une langue nationale, les amendements constitutionnels proposés le 15 mai dernier par le gouvernement ne font aucunement référence à cette question brûlante.

En l’absence d’un véritable engagement politique, l’avenir de l’enseignement du tamazight est incertain. Selon les chiffres du Haut commissariat à l’amazighité (HCA) pour l’année scolaire 2010-2011 (les plus récents que nous ayons pu trouver), 95% des élèves apprenant le tamazight habitent en Kabylie, dans les wilayas de Béjaïa, Bouira et Tizi Ouzou.

Malgré les récentes déclarations de Mme Benghebrit, l’ambition de faire de la langue kabyle une langue nationale est donc loin d’être atteinte, moins par désintérêt des Algériens que par manque de détermination de la part du gouvernement.