Presse : Journée nationale sous fond de reproches

Redaction

La célébration officielle du deuxième anniversaire de la Journée nationale de la presse, coïncidant avec le 22 octobre de chaque année, a eu lieu hier mercredi sur fond de polémique et d’inquisition. Une guerre déclarée du ministre du secteur, Hamid Grine, aux médias dits indépendants.

Cette guerre entre le ministère de tutelle et une partie de la corporation était déjà annoncée depuis quelques jours. En effet, une dizaine de jours avant cette date anniversaire, le quotidien arabophone El Khabar avait accusé le ministre “d’exercer des pressions sur les grands annonceurs privés pour qu’ils cessent de placer de la publicité dans les journaux El Khabar et El Watan (quotidiens francophone,s ndlr)”. En d’autres termes, les deux journaux réputés être les plus « crédibles et les plus indépendants financièrement » de la presse écrite nationale. Après avoir réfuté ces accusations, l’ex-chargé de la communication chez le très puissant opérateur de téléphonie mobile, Djezzy, est revenu à l’occasion de cette journée de fête officielle sur le sujet. Plutôt que de tenter d’éteindre le feu, il y a jeté de l’huile. Au cours de son passage à l’émission « L’invité de la rédaction » sur les ondes de la radio nationale, il a ainsi invité  « certains médias à sortir de leur mentalité d’assisté ». Pire, il a soutenu que la régie publicitaire publique ANEP « est libre de donner de la publicité, pas comme elle le veut, mais selon notre politique ».

Les médias que ne visait pas le ministre par sa déclaration moralisatrice sont connus : l’APS, El Moudjahid et « dérivés ». Tout comme leur politique d’ailleurs : la politique de la rente qui a permis au régime de se maintenir en place ces quinze dernières années.  Conséquence : d’un côté, une clientèle médiatique dont le journaliste est qualifié par les officiels de « professionnel », « vertueux » et « aimant son pays » ; de l’autre, les médias réfractaires dont la liberté d’expression est entachée de « dérives »  se traduisant par la « diffamation » et les « injures », où le « sensationnel l’emporte au détriment de l’information vraie et sourcée», pour emprunter les qualificatifs utilisés par le ministre.

Décrété en mai 2013 par le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, en référence « au 22 octobre 1955, date de la parution du premier numéro du journal « La Résistance algérienne » », ancêtre d’El Moudjahid, cette journée est célébrée à la manière dont elle a été consacrée : par le président et au président. D’ailleurs, l’initiative du ministère de la Communication d’exposer 1600 portraits à l’effigie de son Excellence à l’occasion du 60è anniversaire du déclenchement de la guerre de libération dans une semaine, contraste parfaitement avec la « célébration » inquisitoire du 2è anniversaire de la Journée nationale de la presse.

Yacine Omar

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