Bouabdellah Ghlamallah, le ministre des Affaires Religieuses, n’y est pas allé de main morte pour dénoncer l’initiative d’un « déjeuner public » en plein Ramadhan que des militants « non-jeûneurs » vont tenter d’organiser samedi au carrefour Matoub Lounes à Tizi-Ouzou, une ville située à 100 Km de la capitale Alger.
Jeudi, en marge de la visite du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, à Tiaret, le ministre des Affaires Religieuses a qualifié cet appel au rassemblement de véritable « provocation », a-t-il indiqué dans une déclaration faite aux journalistes lorsque ces derniers l’ont interrogé à propos de cette initiative, une première en Algérie, qui ne cesse de défrayer la chronique. Cependant, Bouabdellah Ghlamallah n’a pas voulu commenter davantage cette action controversée et a préféré se contenter d’affirmer qu’il ne faut jamais violer le caractère sacré du Ramadhan dans la rue ou dans un quelconque espace public.
Cette réaction officielle en dit long sur la désapprobation de l’Etat à l’égard de « l’appel de Tizi-Ouzou » dont les auteurs prétendent défendre « les valeurs de tolérance et de respect de la différence ». Et pour ce faire, ils ont invité tous les citoyens qui se reconnaissent dans ses valeurs « à braver publiquement les provocations de l’Etat algérien, en venant consommer des sandwichs et des boissons, dans un climat de fête et de tolérance, le 3 août 2013, à 11 H au carrefour Matoub Lounes ». « Épisodiquement, les services de sécurité algériens s’en prennent, sur délation, dans leurs espaces privés, à des citoyens qui se considèrent non concernés par l’observation du Ramadhan. Pourtant, la liberté de conscience, d’opinion et la sacralité de la vie privée sont inscrites dans les lois en vigueur. C’est pour dénoncer cet arbitraire, ces atteintes aux libertés et la confessionnalisation de l’action des services de sécurité que l’appel de Tizi-Ouzou est lancé », ont expliqué encore les initiateurs de cet appel.
Pour rappel, vendredi, l’Observatoire des droits de l’homme (ODH) de Tizi-Ouzou a demandé au Wali de la ville d’«assurer la sécurité des citoyens qui prendront part au déjeuner public du 3 août». Dans un communiqué rendu public, l’ODH dit craindre des «représailles» et signale que «l’annonce de cette action a déjà suscité une campagne de dénigrement, et sur les réseaux sociaux, certains extrémistes appellent à l’utilisation de la force pour empêcher cette manifestation».