Internet, c’est dangereux. Le web est une menace pour la stabilité du pays. Les réseaux sociaux, un fléau qui déstabilise la société algérienne. Ces jugements péremptoires et ces caricatures négatives meublent depuis plusieurs semaines les colonnes de la presse algérienne. Même les télévisions privées se lancent dans ce processus de diabolisation du web en général et des réseaux sociaux en particulier.
Une virulente campagne médiatique contre Internet a lieu en Algérie. Il ne se passe pas une semaine sans qu’une polémique n’est inventée pour noircir l’image des réseaux sociaux. Les politiques comme la presse leur imputent tous les méfaits dont souffre notre pays. Après la fausse polémique sur la censure des sites pornographiques ou « indésirables », c’est au tour d’Ennahar TV, la première chaîne d’information du pays, de se lancer dans un reportage des plus caricaturaux à l’encontre du Web en Algérie.
Mensonges, terrorisme, dérives sexuelles, escroqueries, vols et détournements d’identités, le tableau dessiné par ce reportage d’Ennahar TV est des plus sombres. Pis, des ministres, comme Houda-Imane Faraoun, la ministre de la Poste et ds TIC, se plient aux exigences de ces médias de caniveau et participent à ce reportage pour nous mettre en garde contre le danger de la toile. Des dangers qui, certes, existent. Mais, dans un pays où le taux de pénétration d’Internet ne dépasse même pas les 25 %, peut-on agiter l’épouvantail de la cybercriminalité pour faire peur aux Algériens ? La question n’a pas été posée par Ennahar TV, ni par Souhila El Hachemi, journaliste à la matinale de la Radio Chaîne III, qui lorsqu’elle avait accueilli dans son studio en mars 2011, Adelkader Mostéfaoui, responsable à la direction générale de la Sûreté nationale en charge de la délinquance économique, avait fait passer Internet pour un outil criminel et potentiellement dangereux. On le voit bien : la diabolisation outrancière du web ne date pas d’aujourd’hui en Algérie. Est-elle un prélude à la censure au moment où les réseaux sociaux sont devenus le dernier espace de parole libre en Algérie ?