Et nos ministres et dirigeants, d’où provient leur patrimoine ?

Redaction

Le vent de transparence risque-t-il un jour de souffler sur la classe politiques algérienne ? Cette question obsède les Algériens depuis des lustres. L’éclatement en France de l’affaire Cahuzac, un ministre qui a caché des fonds non déclarés sur un compte en Suisse, relance plus que jamais cette question. Nos politiques, dirigeants et ministres, suivent certainement les rebondissements de l’affaire Cahuzac en France. Nos gouvernants qui sont devenus des habitués des séjours parisiens depuis de longues années n’ont certainement pas manqué d’épiloguer sur cette drôle d’affaire.

Leurs discussions de salon ont été alimentés, à coup sûr, par les gestes successifs de plusieurs ministres et députés français qui ont rendu publics leurs patrimoines. Ces politiques ont tenu à « répondre à l’exigence de transparence dans notre démocratie ». Voici une attitude bien étrange que nos dirigeants algériens n’arrivent toujours pas à adopter. Pour cela, il faudrait d’abord qu’ils admettent la nécessité d’une telle action. En Algérie, le patrimoine et la fortune des ministres et hauts responsables de l’Etat demeurent toujours un sujet tabou. Aucun dirigeant algérien n’a publié sa déclaration de patrimoine. Les Algériens n’ont jamais eu le droit à cette transparence exigée, pourtant, par la loi de leur pays. Oui, la loi de leur pays que tout le monde bafoue et piétine. En Algérie, « les personnes exerçant un mandat électoral national ou local sont tenus de souscrire une déclaration de patrimoine dans le mois qui suit leur investiture », stipule l’article 4 de l’ordonnance 99-04 de janvier 1997 relative à la déclaration du patrimoine. L’article 04 de la loi 06-01 de février 2006 relative à la prévention et la lutte contre la corruption explique également qu’il « est fait obligation de déclaration de patrimoine aux agents publics en vue de garantir la transparence de la vie politique et administrative ainsi que la protection du patrimoine public et la préservation de la dignité des personnes chargées d’une mission d’intérêt public ».

« L’agent public, poursuit encore cette loi, souscrit la déclaration de patrimoine dans le mois qui suit sa date d’installation ou celle de l’exercice de son mandat électif. En cas de modification substantielle de son patrimoine, l’agent public procède immédiatement, et dans les mêmes formes, au renouvellement de la déclaration initiale. La déclaration de patrimoine est également établie en fin de mandat ou de cessation d’activité ». Cet arsenal juridique, très peu d’Algériens le connaissent. Nos concitoyens n’ont même pas entendu parler de ces articles de loi que personne ne se soucie de les respecter au sommet de l’Etat. L’Algérien élabore des lois uniquement  pour les contourner et les violer. C’est son plaisir suprême. Notre législateur grave des lois dans le marbre, mais l’exécutif n’omet jamais de les rendre invisibles par la poussière de son indifférence. Quel est le ministre ou dirigeant algérien qui respecte ces dispositions ? Presque aucun. A-t-on un jour pu connaître le patrimoine d’un Chakib Khelil, Nourredine Zerhouni, Ahmed Ouyahia ou d’autres ministres ? Théoriquement oui puisqu’il est obligatoire dans notre pays de publier leur déclaration de patrimoine dans le Journal officiel.  Toutefois, encore une autre entorse à loi, les services du Premier Ministre ne les rendent pas publiques en prétextant que leur volume et leur nombre sont importants ! Mais de l’avis de nombreux juristes, les autorités cherchent à éviter une situation compromettante pour nos dirigeants car la publication de la déclaration dans le Journal officiel risque certainement d’inciter  les citoyens à apporter un démenti ou d’autres éléments d’informations, et donc de susciter une dénonciation pour corruption ou détournements de deniers publics.  Dans ce contexte, le président de la République, le Premier Ministre, les ministres, sénateurs, députés, magistrats, Walis, membres du corps diplomatique ou élus locaux… Tout ce beau monde évite ainsi de faire sa déclaration.

Et pendant ce-temps là, les scandales de corruption se multiplient et les sommes détournées ou gaspillées sont de plus en plus faramineuses. Dans toutes les affaires louches et scabreuses, on retrouve les noms de ministres ou de hauts cadres de l’Etat. Mais cela n’émeut plus grand monde en Algérie. On s’y est habitué à cette vie de vol et de rapine…