Quand le Maroc muselle la presse sur la question du Sahara occidental

Redaction

Censure au royaume chérifien ? Selon Lakome, un média marocain en ligne, les journalistes du groupe Écos-Médias se sont attirés les foudres du palais royal. Leur tord : ne pas avoir scrupuleusement suivi la ligne officielle sur le dossier du Sahara occidental.

Les autorités marocaines ont-t-elles ordonné le blocage de la parution d’un nouveau titre de presse hebdomadaire appartenant au premier groupe de presse privé du pays, Ecos-Médias ? C’est du moins que la question que se pose le site internet d’information marocain Lakome, qui croit savoir que la sortie de L’Economiste du Faso, un nouvel hebdomadaire burkinabè, a été reportée car il n’a pas été autorisé à partir à l’impression au Maroc.

En cause : la publication d’un article illustré d’une carte du Sahara, montrant une séparation nette entre le territoire sahraoui et le reste du Maroc. La rédaction aurait même été contrainte de revoir sa copie pour avoir le droit de réimprimer l’intégralité des exemplaires du magazine. Contactée par Lakome, la direction de l’Eco-Médias n’a pas souhaité s’épancher sur cette forme de censure.

 Autre incident médiatique récent lié à la question du Sahara occidental : la diffusion sur Atlantic Radio (chaîne du groupe Ecos-Médias) mercredi d’un entretien de Khadija Mohsen Finan, chercheuse franco-tunisienne à l’Institut des relations internationales et stratégiques. Interrogée sur le revirement des Etats-Unis à propos de l’extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme, l’universitaire a estimé que cela constitue « une petite victoire » de la diplomatie marocaine sur le court terme mais que le Maroc doit revoir sa gestion du dossier s’il veut promouvoir sa proposition d’autonomie. Diffusés lors de l’émission « Atlantic Soir », ses propos « ont fâché en haut lieu », avance Lakome, qui note qu’étrangement l’interview n’est plus disponible sur le site de la radio. Un conseiller du Roi a contacté le patron de la radio, Abdelmounaïm Dilami, pour lui faire part de son mécontentement et, en conséquence, les responsables de la radio ont été sèchement critiqués pour avoir fait passer à l’antenne «une Algérienne», affirme Lakome. Et le rédacteur en chef d’Atlantic Radio aurait même été limogé après l’incident.

Déjà en 2010, Khadija Mohsen Finan avait fait les frais du pouvoir marocain. Alors responsable du programme Maghreb à l’Institut français des relations internationales, elle avait été forcée de quitter son poste suite à des pressions venues de Rabat, rappelle Lakome.