Dominique de Villepin relaxé dans l'affaire Clearstream

Redaction

Dominique de Villepin a été relaxé jeudi dans le procès de la manipulation menée en 2004 avec de fausses listes de comptes bancaires de la société Clearstream et censée avoir visé Nicolas Sarkozy. Contre l’avis du parquet, qui avait requis une peine de 18 mois de prison avec sursis et une amende de 45.000 euros, le tribunal correctionnel a estimé impossible d’imputer une infraction pénale à l’ancien Premier ministre.
« Après plusieurs années d’épreuve mon innocence a été reconnue », s’est réjoui Dominique de Villepin.
« Je salue le courage du tribunal qui a su faire triompher la justice et le droit sur la politique. Je suis fier d’être le citoyen d’un pays, la France, où l’esprit d’indépendance reste vivant », a-t-il ajouté devant les caméras.
Le tribunal estime qu’il n’existe pas de preuve qu’il ait donné d’instruction pour que les fausses listes soient transmises à la justice. Il n’est pas non plus possible de le déclarer coupable en raison de sa supposée inaction, comme le demandait le parquet, ajoutent les juges.
Rien ne permet en effet de démontrer qu’il ait été de mauvaise foi et ait eu connaissance du fait que les listes étaient fausses avant la date d’octobre 2004, au moment où le complot était consommé, estime le tribunal.
Dominique de Villepin se voit toutefois légèrement égratigné par un attendu du jugement, qui souligne qu’il « pressentait l’avantage politique qu’il pouvait tirer de ces révélations dans un contexte de rivalité notoire ».
Les juges pensent aussi que Dominique de Villepin n’a pas toujours donné des explications exactes sur l’affaire, mais sans dire explicitement qu’il a menti.

DÉFAITE MAIS EURO SYMBOLIQUE POUR SARKOZY

C’est une défaite pour Nicolas Sarkozy, dont l’avocat Thierry Herzog avait plaidé durant quatre heures au procès pour tenter d’obtenir que l’ancien Premier ministre soit désigné comme l’instigateur du complot.
Le tribunal concède une maigre contrepartie en déclarant régulière la constitution de partie civile du chef de l’Etat, que Dominique de Villepin contestait. Il obtient l’euro symbolique à payer solidairement par les condamnés.
Ce jugement pourrait être lourd de conséquences pour la politique française, car l’ancien Premier ministre, âgé de 56 ans, pourrait s’affirmer à droite, en vue de la présidentielle de 2012, comme un opposant au président Nicolas Sarkozy.
Dominique de Villepin a dit vouloir désormais se « tourner vers l’avenir pour servir les Français et continuer dans un esprit de rassemblement au redressement de la France ».
Nicolas Sarkozy s’est refusé à tout commentaire sur ce jugement avant d’en connaître les « éléments ».
Les juges ont en revanche condamné pour « dénonciation calomnieuse » l’ancien vice-président d’EADS Jean-Louis Gergorin à trois ans de prison dont 15 mois ferme et l’ancien cadre de cette société aéronautique, le Franco-Libanais Imad Lahoud à trois ans de prison dont 18 mois ferme.
Ils sont sanctionnés aussi de 40.000 euros d’amende chacun. Ils ne partiront pas en détention immédiatement, car ils devraient déposer un appel suspensif.
Un protagoniste subalterne de l’affaire, le consultant Florian Bourges est condamné à quatre mois de prison avec sursis. Le journaliste Denis Robert est relaxé.
Le dossier vise un supposé complot mené en 2004 avec des fausses listes de comptes bancaires, censé avoir eu pour but d’éliminer Nicolas Sarkozy de la présidentielle de 2007.
Les fausses listes de comptes de la société financière luxembourgeoise imputant à des centaines de personnalités, dont Nicolas Sarkozy, la détention d’argent sale à l’étranger, ont été fabriquées fin 2003.
Imad Lahoud les a remises à Jean-Louis Gergorin, alors vice-président d’EADS qui les a fait connaître à son ami Dominique de Villepin.
Ce sont les manoeuvres imputées à ce dernier lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères (2002-2004) puis de l’Intérieur (2004-2005), en particulier les enquêtes demandées au général Rondot et les services spéciaux, qui étaient l’objet du procès.

Reuters

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