Afrique : l’armée française retourne « chez elle »

Redaction

« A chaque passage des soldats français, c’est la liesse ». La phrase est répétée comme un leitmotiv par les journalistes français de différents médias qui sont chargés de couvrir le déploiement des soldats de leur pays à Bangui, la capitale centrafricaine.

S’il semble malheureusement établi que le Président français n’a pas d’autres choix que d’intervenir en République centrafricaine, en proie à de graves dérapages, le bilan des indépendances des pays de la région subsaharienne s’impose de vraies questions morales restent posées. Parce que, franchement, si 50 ans après les indépendances on acclame toujours le passage des soldats de l’ancienne puissance coloniale, c’est que véritablement, il y a problème.

Les autorités françaises qui ne cherchent pas que « sauver les vies humaines », mais tentent de sauvegarder les intérêts de leurs pays dans cette zone qui reste toujours le pré carré de la France, se comportent donc comme si elles étaient dans un département français. La seule différence étant que, en 2013, l’armée française ne se contente plus d’un simple ordre de l’Elysée, mais met les formes en attendant un feu vert du Conseil de sécurité des nations Unies. Une simple formalité si l’on prend en compte l’influence dont jouit la France dans cette institution internationale.

Faut-il pour autant reprocher à la France d’éteindre des brasiers qui consument sans cesse ces pays du continent, en principe libérés du joug colonial ? Ou, sans être provocateur, recoloniser une nouvelle fois ces pays pour les stabiliser définitivement ?

Cinquante ans après l’apparition du « soleil des indépendances », la plupart des anciennes colonies françaises n’arrivent même pas à fonder des Etats. Les images d’un premier ministre centrafricain incapable de protéger sa propre résidence ou les cris de détresse du président malien appelant les forces françaises à intervenir soulèvent en effet des questions toutes légitimes pour les populations locales et les observateurs.

Le drame est que, globalement, en dehors des pays de l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud, tous les autres pays sont dans l’instabilité chronique depuis le début des indépendances. Chose qui rend impossible toute tentative de laisser le soin aux Africains de régler eux-mêmes leurs conflits.

Les indépendances sont-elles à ce point un échec ?

Essaïd Wakli