Des opposants à Mouammar Kadhafi lancent un appel à manifester en Libye ce jeudi, qu’ils ont proclamé « jour de colère », dans l’espoir d’imiter les soulèvements populaires en Tunisie et en Égypte, deux pays voisins.
Pour contrer cette initiative, plusieurs centaines de partisans du pouvoir se sont rassemblés à Tripoli sur la place Verte, près de l’ancienne médina, la vieille ville. Ils scandaient des slogans « Nous défendons Kadhafi et la révolution ! », « La révolution continue ! ».
Rue Omar al Mokhtar, principale artère de la capitale, la circulation était normale. Banques et commerces étaient ouverts et on ne remarquait pas une présence accrue de forces de sécurité.
Des organisations de défense des droits de l’homme ont mis en garde contre le risque d’une féroce répression de la part des forces de sécurité dans un pays peu habitué à l’expression du mécontentement populaire.
Selon Human Rights Watch, les autorités libyennes ont arrêté quatorze militants et écrivains d’opposition qui préparaient les manifestations.
D’après des témoins et des médias libyens, des centaines de personnes ont affronté la police et des partisans de Kadhafi dans la nuit de mardi à mercredi à Benghazi, la deuxième ville du pays située à un millier de kilomètres à l’est de Tripoli.
Ces émeutes ont été déclenchées par l’arrestation d’un militant des droits de l’homme.
Selon le journal libyen Qouryna, deux jeunes gens ont été tués lors d’affrontements, mercredi, à Al Baïda, à l’est de la capitale de la Cyrénaïque, où le chef de la police a été limogé en conséquence.
Ce jeudi marque aussi le cinquième anniversaire d’affrontements qui avaient fait plusieurs morts à Benghazi, lorsque des manifestants avaient attaqué le consulat d’Italie.
RICHESSES PÉTROLIÈRES
Des appels à manifester ont été diffusés par des militants anonymes sur des réseaux sociaux sur internet, comme Facebook et Twitter.
Les internautes qui laissent des messages sur le site de l’opposition www.libya-watanona.com, basé hors de Libye, appellent la population à manifester sur les places pour « faire peur à ce régime et à ses partisans et les forcer à fuir, parce que ce sont des lâches ».
Au pouvoir depuis 1969, un record désormais en Afrique, Mouammar Kadhafi contrôle la Libye d’une main de fer. Le souffle des révolutions en Tunisie et en Egypte semble toutefois se faire ressentir sur son régime.
Le chef de la révolution libyenne a prédit mercredi soir la défaite des « marionnettes des États-Unis et du sionisme », a rapporté la BBC.
« A bas nos ennemis, où qu’ils soient, à bas les fantoches, où qu’ils soient, les marionnettes sont en train de tomber, comme les feuilles d’automne (…) Les marionnettes des Etats-Unis et du sionisme sont en train de s’effondrer », a-t-il dit.
La BBC cite par ailleurs un responsable libyen qui a averti que les autorités ne permettraient pas qu’on « joue avec la sécurité de la Libye ».
Même si certains Libyens se plaignent du chômage, des inégalités et du manque de libertés, la Libye est un pays exportateur de pétrole et de nombreux observateurs écartent pour l’instant l’hypothèse d’un scénario à la tunisienne ou à l’égyptienne.
Le pouvoir semble en effet pouvoir puiser dans la manne énergétique pour satisfaire d’éventuelles revendications sociales.
Mouammar Kadhafi affirme que la Libye n’a pas besoin d’importer le concept occidental de démocratie car elle s’appuie sur son propre système fondé sur la « troisième théorie universelle ».
Ce régime substitue à la démocratie représentative un système direct via des institutions appelées « comités populaires ».
Le colonel Kadhafi a déclaré mercredi que les révolutionnaires l’emporteraient, sans toutefois mentionner les troubles en Libye.
« A bas les ennemis partout où ils se trouvent, à bas les marionnettes partout où elles sont, les feuilles d’automne sont en train de tomber », a-t-il dit, cité par la BBC.
Reuters