Un contrôle de police controversé, des émeutes, des relents d’islamophobie, des polémiques politiques. La ville de Trappes en région parisienne a connu une semaine plus qu’agitée. Retour sur ces événements qui ont fait craindre de nouvelles émeutes géantes comme celles ayant enflammé les banlieues françaises en 2005.
Le déroulement des émeutes
Dans la soirée du vendredi 19 juillet, 150 à 200 jeunes se rassemblent dans le calme devant le commissariat de police de Trappes. Ils sont là pour protester contre le contrôle d’identité d’une femme en niqab qui aurait mal tourné. Le calme de la protestation est ensuite rompu. Un engin pyrotechnique atterrit au pied d’un policier. Après cela, de nombreux projectiles sont lancés sur les forces de l’ordre, blessant notamment un policier, est-il expliqué dans un résultat d’enquête. Des grenades de dispersion et des gaz lacrymogènes sont la réponse de la police. Les émeutes se sont ensuite étendues et ont duré une grande partie de la nuit. Un jeune de 14 ans, présent dans les protestations, a été grièvement blessé à l’œil par un tir de flashball. Un accident qui a exacerbé les tensions et qui a même poussé le Défenseur des droits à ouvrir une enquête sur le déroulement de cette opération de maintien de l’ordre. La nuit suivante, les violences se sont réitérées. Dimanche soir, la situation reste tendue mais finit par se calmer lundi.
Le policier contre le musulman, deux versions d’une interpellation
L’étincelle qui a mis le feu aux poudres est le contrôle d’identité d’une femme portant le niqab, les émeutiers se sont emportés car elle et son mari auraient été victimes de débordements policiers. Une version qui porte à controverse car deux récits s’opposent totalement. Le policier estime être resté professionnel et « courtois », accusant le mari de cette femme de l’avoir agressé (tentative d’étranglement). Appuyée par le procureur de Versailles et le Ministre de l’intérieur, cette version a été largement reprise par les médias français au début des émeutes, tandis que médias locaux et communautaires ont plus largement diffusé la version du mari mis en cause.
Mickael a 21 ans. Ce Français converti est marié avec une jeune femme d’origine antillaise également convertie. Dans une vidéo de La Locale TV, il raconte sa version des faits, tandis qu’elle a transmis son témoignage au CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France).
http://youtu.be/APfTG5z0_FY
Jeudi 18 juillet. L’heure du ftour approche. Mickael, sa femme et sa belle mère rentrent des courses. Une voiture de police s’arrête à côté d’eux. « Contrôle de police ! », s’exclament les membres des forces de l’ordre. « Ils ont dit à ma femme de relever son voile », raconte Mickaël. « On n’a jamais refusé le contrôle. C’est déjà arrivé et ça s’est toujours bien passé », poursuit-il. « J’allais enlever mon voile lorsque j’ai vu l’un des agents pousser violemment ma mère », témoigne l’épouse de Mickael. La femme s’est alors mise à crier. Le ton est monté entre Cassandra et un des policiers. A un moment, le fonctionnaire de police a approché sa main du visage de la femme. Mickaël a eu peur pour son épouse. « Au moment où j’ai voulu m’interposer, je me suis fait arrêter », explique le jeune homme. « A aucun moment je n’ai porté atteinte à un fonctionnaire de police », poursuit-il. La femme a demandé au policier de se taire. « Il m’a alors attrapée par le voile au niveau de la tête et traînée avec une force monstrueuse, avant de me plaquer sur le capot de la voiture en me criant : « C’est à moi que tu parles ? » Je me suis retournée, puis j’ai aperçu mon mari maintenu à terre par deux policiers qui le menottaient », raconte-t-elle dans son témoignage.
Ces événements ont également été l’occasion d’enquêter sur l’islamophobie qui règne parmi les forces de l’ordre. Est-elle exagérée ou réelle ? En tout cas sur internet, forums et pages facebook ont prouvé qu’une communauté policière anti-musulmane existe. Le bloggeur Al Kanz a trouvé de nombreuses preuves dans ses articles, reprises par la presse française, dévoilant ainsi un nouveau scandale qui s’est ajouté à celui des violences de Trappes.
Du pain béni pour les politiques ?
Sur la scène politique, les événements de Trappes ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. De droite comme de gauche, chacun y est allé de son analyse ou de son commentaire, provoquant ainsi de nouvelles polémiques.
Manuel Valls, le Ministre de l’intérieur français a tout d’abord laissé entendre sa voix pour affirmer qu’il soutenait la version du policier. A la radio puis lors de sa visite à Trappes, lundi 22 juillet, il a néanmoins tenu à prévenir les amalgames qui sont légion dès lors que l’on parle de banlieue, d’émeutes, de voile, d’Islam, de convertis et de musulmans. «On ne peut pas confondre l’immense majorité de nos compatriotes musulmans avec une minorité qui voudrait imposer une autre loi», a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse donnée au commissariat de la ville.
Jean-François Copé, « l’archétype du pompier pyromane ». C’est ainsi que l’a qualifié une chroniqueuse du Plus du Nouvel Obs. La raison ? La chronique que l’homme de droite a publiée mercredi 24 juillet dans le quotidien Le Monde, intitulée « Il ne faut pas céder face à l’intégrisme religieux ». L’actuel président de l’UMP débute son plaidoyer sur les chapeaux de roue : « Les émeutes de Trappes sont une provocation contre la République. Si nous n’y répondons pas avec fermeté, l’autorité de l’Etat sera fragilisée et les intégristes légitimés. Bien sûr, quand éclatent des violences de cette nature, le débat est nécessaire et chacun doit se remettre en question ». Et en profite ensuite pour rappeler qu’il était l’un des instigateurs de la loi sur le voile intégral. « Ce combat n’a pas été facile. Il a fallu braver le politiquement correct qui fait peser une chape de plomb sur la liberté de penser dans notre pays », écrit-il.
Quant à Noel Mamere, militant écologiste, il en a profité pour rappeler qu’une « vague d’islamophobie » s’est emparée de la France. « Au nom de l’universalisme, on a trop longtemps eu tendance à nier le rôle de la religion dans la société française. L’Etat a fait de l’Islam – deuxième religion de France – un culte discriminé sans que le législateur tente de résoudre les problèmes vécus au quotidien par les fidèles » (carrés musulmans, hallal, mosquées), écrit-il sur son blog avant de poursuivre : « Malheureusement, en temps de crise morale, économique et sociale, il est tellement plus facile pour de nombreux responsables politiques d’utiliser les musulmans comme des boucs émissaires, que de trouver les mots d’apaisement et de prendre le temps de comprendre pourquoi on en est arrivés là ».
L’apaisement, c’est justement ce qu’a souhaité la Grande Mosquée de Paris, mais un peu tard. Elle a laissé passer la tempête avant de régir, vendredi 26 juillet, en lançant un appel au calme. Dans un communiqué, elle enjoint les musulmans « à respecter les obligations du mois du Ramadan qui incitent les fidèles au calme, au contrôle de soi et à la responsabilité, et à faire confiance à la justice de notre pays ».
Aller plus loin :
– Sites musulmans : L’autre couverture médiatique de Trappes Slate.fr
– Emeutes de Trappes : la loi républicaine incite-t-elle à l’islamophobie ? TV5.org
– L’interview d’Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’Islamophobie Algerie-Focus.com