Des documents déclassifiés prouvent que les Etats-Unis ont aidé, via la CIA, l’ex-dictateur irakien Saddam Hussein à mener des attaques chimiques contre les troupes iraniennes en 1988.
La CIA est-elle complice d’un crime contre l’humanité ? Des documents déclassifiés consultés par Foreign Policy prouvent que, dès 1984, les renseignements américains savaient que Saddam Hussein possédait un stock d’armes chimiques. A l’époque, l’Irak, allié officieux des Etats-Unis, était en guerre contre l’Iran.
Outre la connaissance de l’existence de ce stock, la CIA renseignait l’Irak, son allié objectif d’alors, sur des préparatifs d’offensives iranienne. En sachant pertinemment que Bagdad y répondrait par des attaques au gaz sarin et tabun, deux substances létales interdites par le Protocole de Genève, ignoré par l’Irak, mais ratifié par les États-Unis dès 1975. Le colonel retraité Rick Francona, spécialiste du Moyen-Orient pour les renseignements américains, confie ainsi à Foreign Policy :
Les Irakiens ne nous ont jamais dit qu’ils comptaient utiliser des gaz neurotoxiques. Ils n’en avaient pas besoin. Nous le savions déjà.
Fin 1987, les États-Unis découvrent avec des images satellites, que l’Iran concentre des forces importantes à l’est de Bassora, au sud de l’Irak. Les images montrent aussi que les Iraniens ont identifié une faille dans le dispositif irakien. Or, si Bassora tombe aux mains des Iraniens, ces derniers seraient en passe de remporter la guerre. Ronald Reagan, alors président des Etats-Unis, fait savoir aux services de renseignements américains qu’
Une victoire de l’Iran est inacceptable.
Le secrétaire de la défense en prend bonne note. Il fait suivre la consigne. Dès lors, les Irakiens sont constamment informés par les Etats-Unis des centres logistiques et défenses anti-aériennes iraniennes.
En 1988, quatre attaques chimiques irakiennes sont menées. Celle de mars 1988 fait 5000 morts dans le village kurde d’Halabja. Elle est suivie d’une attaque en avril 1988 sur la péninsule de Fao. L’armée de Saddam Hussein libère alors dans les airs la plus grande quantité de sarin jamais utilisé par les Irakiens.
Ces révélations interviennent alors que Bachar Al-Assad est accusé d’utiliser du sarin à Damas. Une attaque condamnée par les Etats-Unis, vingt ans après le soutien logistique apporté aux gazages irakiens.