Algérie : pénurie de main-d’œuvre au pays des chômeurs

Redaction

« Les entreprises du BTPH peinent à trouver des ouvriers qualifiés pour leurs chantiers, alors que le nombre de jeunes qui sont au chômage est devenu alarmant ». C’est en ces termes que le président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), Mouloud Kheloufi, a interpellé les autorités et l’opinion publique sur le problème de la pénurie de main-d’oeuvre en Algérie.

Un problème surréaliste dans un pays où les jeunes disent souffrir du chômage. Alors pourquoi nos entreprises qui cherchent désespérément des travailleurs ne les recrutent pas ? « Nos jeunes sont mal-formés, peu qualifiés et refusent souvent de travailler dans les secteurs qu’ils jugent pénibles comme le BTPH et l’agriculture », répondent tout de go les recruteurs. Mais qui dit vrai ? Les économistes viennent à la rescousse des entrepreneurs pour appuyer leur diagnostic en affirmant que la main d’oeuvre se fait de plus en plus rare en Algérie. Certaines entreprises algériennes, et plus seulement multinationales, recourent même à la main d’oeuvre étrangère pour répondre à leurs besoins. C’est pourquoi la plupart des Algériens diplômés travaillent rarement dans leur domaine de compétence, en dépit de leur formation :

audio : Formés mais sans travail

Une université qui forme des chômeurs diplômés 

Et cette pénurie commence à toucher pratiquement tous les secteurs économiques. Mais certains secteurs souffrent encore plus pour trouver des jeunes employés qui daignent réellement travailler. L’agriculture, par exemple, est en détresse à cause du manque criant de travailleurs. « L’agriculture manque de bras. Il n’y a pas de main-d’œuvre pour travailler la terre. Beaucoup de terres sont abandonnées. Faites un tour un peu partout et vous verrez les milliers d’hectares qui sont totalement abandonnés. Les gens cherchent beaucoup plus à spéculer sur la terre qu’à la travailler », a indiqué à ce sujet l’Expert international auprès des Nations unies, Mohamed Tounessi qui est intervenu dans les colonnes de notre confrère Liberté pour lancer un véritable SOS en direction des autorités pour qu’elles se mobilisent et traitent ce problème. « Faute de quoi, les chinois travailleront prochainement nos terres à notre place », s’indigne M’hamed, un agriculteur possède une exploitation agricole à Oued El Alleug, une commune agricole de la wilaya de Blida située tout près de Boufarik. Et notre Fellah en sait vraiment quelque chose sur la pénurie de main-d’oeuvre. « Le chômage n’existe pas dans notre pays. Il y a surtout de la fainéantise. Les jeunes d’aujourd’hui veulent gagner de l’argent sans travailler. Ils veulent tous devenir patrons et demander des crédits à l’ANSEJ. La terre, c’est devenu humiliant pour eux de la travailler. Nous courons un grand danger si cette mentalité se perpétue », avertit notre interlocuteur.

Et il n’y a pas que le BTP ou l’agriculture qui manquent cruellement d’ouvriers en Algérie. De nombreux autres secteurs souffrent le martyr pour trouver des gens qui peuvent ou veulent travailler !  Ainsi, il est devenu délicat de trouver un informaticien, un électronicien ou un ingénieur dans une quelconque spécialité. Mais comment est-ce possible ? C’est la faute à l’université algérienne qui forme des chômeurs diplômés ! Oui, les universités algériennes dispensent des formations inadaptées aux besoins du marché du travail en Algérie. C’est ce qui explique qu’il y a une véritable pénurie d’ingénieurs dans notre pays. Il n’existe qu’une petite cohorte d’ingénieurs « formés à des spécialités très diverses et dans des rapports des proportions sans rapport avec les disciplines les plus nécessaires », note à ce sujet le Centre de Recherche en Economie Appliquée au Développement (CREAD) dans sa revue « Les Cahiers du CREAD ». Le système universitaire algérien favorise-t-il ainsi le chômage ? Les ministres du gouvernement reconnaissent eux-même cette réalité amère. « Nous n’arrivons pas à répondre au besoin de l’économie algérienne en ouvriers qualifiés et en techniciens », a fait savoir à ce propos le ministre de la formation professionnelle, Mohamed Mebarki. « Il faut valoriser les métiers et les salaires qui leur sont liés. Il faut réviser le système d’orientation national. Pourquoi laisser des jeunes à 50 par classe dans les lycées, alors que l’offre de la formation professionnelle est plus importante », a-t-il proposé pour remédier à ce problème délicat.

Mais combien de temps faudra-t-il attendre encore pour adapter l’enseignement supérieur et la formation professionnelle aux besoins de l’économie algérienne ? Cette question brûle les lèvres de tous les économistes algériens qui s’inquiètent des retombées du chômage sur la stabilité et la sécurité du pays. Des retombées qui commencent, d’ores et déjà, à se faire sentir dans plusieurs régions notamment au sud du pays où les chômeurs montent au créneau pour réclamer leurs droits sociaux. A n’en point douter, la bataille du chômage est cruciale pour l’avenir de l’Algérie. Et cette bataille, il faudra absolument la remporter