Décrocher une première expérience, un emploi en attendant mieux ou le Graal, le contrat à durée indéterminée, relève du parcours du combattant en Algérie, peut-être même plus qu’ailleurs. Longtemps, le système du bouche-à-oreille a régi la politique de recrutement. Mais avec l’avènement d’internet, l’Algérie se met à la page du démarchage en ligne. Décryptage.
Pionniers en la matière, les deux fondateurs d’Emploitic.com mesurent l’importance du chemin parcouru depuis 2006, date de lancement de leur site internet. « Le nombre de visites est passé de 250 000 à la création du site à 8 millions en 2012. Soit une multiplication par 30 de l’audience en l’espace de 6 ans ! Et le nombre d’annonces postées a grimpé de 200 à 7 000 sur la même période », a indiqué lundi 29 avril Louai Djaffer, directeur associé d’Emploitic, lors d’un point presse au Sofitel d’Alger. Une audience jeune et représentative de la société algérienne puisque la « grande majorité des visiteurs a entre 25 et 35 ans. En même temps, l’Algérie est un pays de jeunes », précise Louai Djaffer.
« Changer les règles du jeu »
A l’époque, c’était « une folie » de croire en un tel projet étant donné que les « stars du web », les Youtube, Facebook et autres réseaux sociaux n’existaient pas encore et, surtout, que le nombre d’Algériens surfant sur la toile était dérisoire, se souvient Louai Djaffer. Dubitatifs voire interloqués, les banquiers ne voulaient même pas soutenir leur entreprise. « Pour eux, internet se résumait à chater. Ils ne voyaient que le côté divertissant et ne le percevaient en aucun cas comme un outil professionnel », confie Louai Djaffer. Et pourtant, dès 2010, Emploitic.com devient crédible aux yeux des autorités publiques. « On a obtenu l’agrégation d’agence de recrutement. Depuis, on transmet régulièrement des statistiques aux pouvoirs publics », se réjouit-il.
La petite équipe de 42 collaborateurs, qui voulait changer « les règles du jeu et faciliter la vie aux demandeurs d’emploi algériens », est en train de remporter son pari. En 2012, 60% des annonces publiées en Algérie le sont sur internet, souligne Louai Djaffer. Une nouvelle tendance qui s’explique en grande partie par le boom des réseaux sociaux. En effet, 4,5 millions d’Algériens ont aujourd’hui un compte sur Facebook. Soit 12% de la population totale. Et en plus d’être connectés en masse, ils en sont littéralement « accro, consultant leur page plusieurs fois par jour », affirme Louai Djaffer.
« La recherche d’emploi est un emploi à temps plein »
Sur sa lancée, la fine équipe d’Emploitic.com s’ouvre à de nouveaux horizons. « Depuis l’an dernier, on effectue des tournées dans les salons et les universités pour former les jeunes à la recherche d’emploi », précise Louai Dajffer. Des séances de coaching primordiales puisqu’il considère « la recherche d’emploi comme un emploi à temps plein. Ça prend effectivement une à deux semaines pour rédiger un bon cv en comptant les différentes relectures ». Au lieu de mettre en ligne des modèles de lettre de motivation ou de cv, à Emploitic, on préfère donner des astuces. « On a publié un guide papier avec les dix conseils à suivre pour réussir sa recherche d’emploi », indique Louai Djaffer. Premier conseil à retenir : postuler à une offre qui correspond vraiment à son profil. « Les Algériens ont l’habitude de postuler à tort et à travers, ce qui est contre-productif. Bientôt, sur le site, les visiteurs verront un message de vigilance pour orienter leur candidature », indique le cofondateur d’Emploitic.
Depuis 7 ans, le recrutement en ligne rencontre un franc succès en Algérie. D’après les enquêtes, 95% des employeurs sont satisfaits des personnes qu’ils ont recrutées via le site, fait valoir Louai Djaffer. « Pour les 5% d’insatisfaits, on republie leur annonce pour trouver des candidats qui correspondent plus à leurs attentes. Mais il s’agit souvent de profils très pointus donc très difficiles à dénicher », explique le directeur associé d’Emploitic.
Malgré tout, le recrutement sur internet n’est pas l’antidote miraculeux à la crise du chômage en Algérie, notamment dans le Sud du pays. « On est un média de recrutement, un intermédiaire seulement. On ne crée pas l’offre », explique Louai Djaffer, en précisant que moins de 10% des offres publiées sur Emploitic.com proviennent des wilayas du Sud.