Dossier sexualité : les premières fois des Algériens

Redaction

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La première fois. Ce moment a compté pour tous. Que ce soit lors de la nuit de noces, avant ou après, arrivé au jour de leur premier rapport sexuel, les hommes et femmes, quelque soit leur âge, ne savent souvent pas à quoi s’attendre. Ils imaginent le meilleur et parfois le pire. Témoignages.

« C’était avec mon premier amour, que j’aime jusqu’à présent. J’avais 15 ans et demi et lui 23, c’était chez lui et nous n’étions pas protégés », raconte Yasmine, 20 ans. Comme Yasmine beaucoup de personnes attendent en effet de trouver la « bonne » personne, quelqu’un de spécial avec qui partager ce moment unique, plutôt qu’un moment précis, ou un âge. D’autres préfèrent se préserver à l’image de Meriem, 21 ans, qui nous explique que par conviction religieuse elle souhaite rester vierge jusqu’au mariage. Elle ajoute cependant que la sévérité du jugement de la société algérienne la décourage d’autant plus à franchir cet interdit, que sa religion.

Du côté des hommes, tous ceux que nous avons interrogés n’ont pas attendu le mariage. Mehdi 29 ans nous livre ce témoignage très étonnant:  » Ma première fois c’était à 14 ans avec ma voisine qui avait 16 ans. Nous étions juste amis. Nous nous étions donné rendez-vous dans la cage d’escalier de l’immeuble pendant l’heure de la sieste en été, nous n’étions pas protégés. C’était pendant la période de terrorisme, les filles et les garçons avaient beaucoup moins peur de braver l’interdit car ils se disaient qu’ils pouvaient mourir à n’importe quel moment. »

Samy 25 ans a vécu sa première fois au même âge que Mehdi, avec son premier amour qui avait, elle, 18 ans. Il décrit ce moment comme le plus beau jour de sa jeunesse. Amine 18 ans, a connu en revanche une expérience plus classique, à 17 ans avec son amie du même âge.

Difficile de généraliser même si la tendance semble être à l’abstinence chez les filles et à l’expérience chez les garçons, bien que l’islam prescrive la chasteté jusqu’au mariage chez les filles comme chez les garçons. L’interdit est désormais franchi, en raison surtout d’un âge du mariage de plus en plus élevé. Or la pression reste toujours forte sur les filles, pour qui il est reste moins tolérable d’avoir des relations sexuelles hors mariage, que pour un homme. Cela est devenu un secret de polichinelle, les Algériens font, mais peu en parlent avant.

En attendant « la première fois » 

Ainsi avant de franchir le pas, les Algériens par manque de connaissance, construisent tout un imaginaire autour de cette fameuse première fois. Sacralisée par certains, anodine pour d’autres, la perception de la première fois varie selon le sexe ou l’âge des personnes.

Deux Algériennes interrogées nous racontent qu’elles imaginent leur première fois très douloureuse et la perçoivent comme un sacrifice et une preuve d’amour envers leurs maris à qui elles s’offriront dans la tradition, pendant leur nuit de noce. Néanmoins, beaucoup d’autres filles préfèrent aujourd’hui prendre leur temps, attendre au moins jusqu’à la lune de miel. La sexualité est tellement rêvée, et sublimée, ou parfois effrayante que cela peut créer des appréhensions et des blocages mental et physique. La psychiatre et psychothérapeute, Dr.Amel Ben Dhaou, évoque même l’existence, récurrente, de « mariages non-consommés. » Des couples attendent plusieurs jours voire plusieurs années, avant d’avoir une sexualité pour des raisons psychiques qui impactent sur le physique.

En l’absence de statistiques nationales, le docteur affirme que ce problème touche quand même beaucoup de ses patients. Des couples, dit-elle, « peuvent rester jusqu’à 7 ans sans consommer leur mariage. » Le Dr. Ben Dhaou n’est pas la seule à souligner l’ampleur de ce phénomène. Dr.Youcef, Urologue Sexologue à Oran constate que le mariage non-consommé constitue l’une des principales raisons pour lesquelles les couples viennent consulter. Les causes sont diverses, mais certains couples résistent malgré cet handicap qu’ils déguisent en problème de fertilité devant leurs proches et leur famille. D’après Dr. Ben Dhaou, le mariage non-consommé créé souvent des très forts liens de complicité chez les couples, qui se retrouvent unis par le secret.

Concernant les célibataires, impatients d’attendre cette première fois, ils s’adonnent à d’autres pratiques. En attendant leur première fois, beaucoup d’Algériens ont recours à la masturbation, ou pour certains la sodomie, qui leur assure de conserver la virginité en ne touchant pas au précieux hymen de la femme.

D’après les témoignages récoltés la masturbation est devenue une habitude et même elle se pratique souvent en groupe chez les garçons. Arrivés à l’âge de la puberté, les jeunes hommes s’adonnent à cet acte jusque dans les recoins de leur quartier, et sous leur table dans leurs cours de classe.

Quant à la sodomie, elle est fréquemment la solution pour qu’une fille puisse  entretenir une vie sexuelle sans pour autant perdre sa virginité. Meriem, interrogée plus haut,  s’indigne à propos l’importance accordée par les Algériens à la virginité : « les couples vont très loin ensemble mais dès qu’il s’agit de « pénétration » ça devient tout de suite tabou, hram, honte etc. »

Quand le hram n’empêche pas mais met en danger…

Outre cette sexualité à deux vitesses, bricolée ou imaginée, on note justement que parmi toutes les personnes interrogées, aucune n’a raconté s’être protégé lors de sa  leur première fois. Preuve que l’éducation sexuelle des Algériens est encore fragile. Faire n’est pas savoir. Ils sont de plus en plus informés sur les pratiques sexuelles par le vecteur des médias internet ou de l’industrie de la pornographie. En revanche, ils comprennent encore très mal les risques d’une sexualité non protégée.

Les notions de contraception et des maladies sexuellement transmissibles semblent encore leur échapper. Un constat relevé par de nombreuses associations qui tentent de sensibiliser les jeunes Algériens à ces risques de maladie. Chez AIDS Algérie, on déplore le fait que de nombreuses personnes à la sexualité active ne savent toujours pas comment se transmet le virus du sida. Difficile d’être sensibilisé, lorsque ce sujet n’est évoqué qu’entre amis de manière futile et que le programme scolaire ne prévoit pas d’informer les jeunes algériens sur les risques encourus.

La sexualité est devenue le quotidien des Algériens, qu’on veuille le voir ou pas. Une jeunesse curieuse qui souhaite découvrir ses envies tout en étant tiraillée par des principes religieux et la pression de la société. Des couples qui peinent à se marier pour des raisons matérielles. Les interdits n’ont jamais empêcher l’action, prévenir n’est pas encourager. Évoquer le tabou ou la religion ne protégera pas des déceptions, ou des maladies, alors ne vaut-il pas mieux en parler ?